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Manifestation pour la défense de la langue bretonne à Quimper, le 31 mars 2012.

La France bégaie ses langues régionales

3 min

Cela dure depuis 23 ans et n'est pas prêt de s'arrêter. La charte européenne sur les langues régionales et minoritaires devrait rapidement retrouver le tiroir poussiéreux duquel on l'avait retirée. Le Sénat devrait enterrer, cet après-midi, le projet de loi constitutionnel en vue de sa ratification.

Manifestation pour la défense de la langue bretonne à Quimper, le 31 mars 2012.
Manifestation pour la défense de la langue bretonne à Quimper, le 31 mars 2012. Crédits : Thomas Bregardis / Ouest France - Maxppp

C'était pourtant une promesse de François Hollande. Engagement de campagne numéro 56. "Je ratifierai cette charte" avait dit le Président…

Elaborée par le Conseil de l'Europe en 1992, elle a été signée par la France sept ans plus tard, en 1999. Depuis, plus rien, ça patinait, jusqu'à cet engagement du candidat aujourd'hui devenu président. 

Tout le problème était donc de savoir quand et comment la ratifier. Parce qu'il faut modifier la constitution. Et pour cela, il faut soit un référendum, soit une majorité des 3/5ème au congrès (c'est à dire à l'Assemblée nationale et au Sénat réunis). Un référendum, c'était inenvisageable vu l'actuelle impopularité du chef de l'Etat, le Non l'emporterait haut la main. François Hollande avait donc choisi la voie du congrès. Et il avait fait déposer un projet de loi, fin juillet, dans la perspective d'une adoption au printemps 2016. Seulement, la majorité de droite au Sénat a préféré mettre le holà tout de suite. Elle a déposé une question préalable, il y a une dizaine de jours. Question qui permet, si elle est adoptée, de tout rejeter en bloc sans même examiner le texte sur le fond.

Alors attention. Ce n'est pas que les sénateurs, à droite, sont tous d'accords sur la question. Au contraire, certains sont pour, d'autres sont contre. Seulement, ils estiment, et sans doute à raison, qu'il y a là de la manoeuvre politique à visée électorale. Le débat est organisé à quelques semaines des élections régionales. Manière de dire : "Vous voyez, j'essaie de la tenir ma promesse de campagne". Et la droite sénatoriale est, dès lors, prise au piège. Soit elle offre un argument de campagne aux socialistes en validant le texte. Soit elle porte le chapeau d'un nouveau report du débat à dans plusieurs années. La manoeuvre du Président est habile. Car il sait qu'au bout du compte, il n'a pas les moyens de la faire ratifier, cette charte, ni majorité dans l'opinion, ni majorité chez les parlementaires. 

Car le débat est vieux comme Hérode. Enfin presque… Il date de la Révolution française et des balbutiements de la République. Et il oppose les jacobins centralisateurs aux girondins défenseurs de la diversité culturelle et linguistique. 

C'est "en imposant le français que s'est construit la République" disent les jacobins… et "les menaces, les remises en cause de cette unité de la République, se sont toujours exprimés en patois locaux". 

"Au contraire", répondent les girondins. "C'est la diversité qui fait la richesse d'une Nation. Et nos dialectes se meurent. Les locuteurs sont de moins en moins nombreux".

Le problème de cette charte est qu'elle stipule qu'un homme doit pouvoir dialoguer "dans sa langue" avec les services publics et l'administration. Tandis que la constitution française impose que "la langue de la République (article 2) est le français". Rien que le français. 

On est là. Et pour changer ça, il faudrait sans doute beaucoup plus qu'un petit projet de loi, même constitutionnel. Il faudrait peut être même une autre révolution. En attendant, une évolution est en cours. Plus lente. Plus insidieuse. Bien loin des grands débats franco-français et des petits calculs électoraux. L'anglais et les anglicismes envahissent de plus en plus la langue française. Certains linguistes et autres chercheurs y voient, au mieux une perte des repères culturels, au pire une rampante victoire idéologique du libéralisme anglo-saxon. Mais que fait le président ? Il faudrait élaborer une charte pour défendre la France éternelle. Et on peut imaginer que les sénateurs, même de droite, la voteront…

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