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La perversité du vote "contre"

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Il faut "tout faire pour empêcher le Front National" de remporter une région, dimanche prochain. "Contre le FN", c'est tout ce qui compte pour le premier ministre, qui appelle les électeurs de gauche à se reporter sur les candidats de la droite dans les trois régions où il y a un risque...

bulletin de vote Front National
bulletin de vote Front National Crédits : Reuters

En Provence Alpes Côte d'Azur, il faut "voter Christian Estrosi", a expliqué Manuel Valls, lundi soir, sur TF1. Ddans le Nord Pas de Calais Picardie, Xavier bertrand. Et en Alsace Lorraine Champagne Ardennes, Philippe Richert... Quand bien même le socialiste, Jean-Pierre Masseret, a maintenu sa liste. Ca ne sert à rien de voter pour lui. Il ne peut pas l'emporter. Et puis de toute façon, comme il ne voulait pas se retirer, on lui a retiré l'investiture. Le candidat du PS, c'est désormais le "Républicain" Richert. L'essentiel étant de faire barrage au FN...Alors, bien sûr, ça fait grincer des dents à gauche... Il aurait pu "ne pas nommer les candidats de droite" pour qui il appelle à voter, s'est un peu rengorgé le député socialiste Yann Galut, juste dire "qu'il appelle à faire barrage au FN", ça suffisait...Martine Aubry n'est pas en reste. Bien sûr qu'il faut barrage au FN, dit elle au quotidien régional "La Voix du Nord". "je ne regretterai jamais ce choix". Mais en privé, elle se désespère, nous dit le journal Le Monde, renvoyant dos à dos la droite et la gauche : "Sarkozy a tué la République, estime-t-elle, et nous, on a tué la politique. On va avoir ce qu'on mérite"...Quant aux écologistes et au Front de gauche, ils ont accepté de se rallier aux socialistes en vue du second tour, mais c'est presque à reculons. En tous cas pour Jean Luc Mélenchon qui explique qu'il n'avait "pas le choix". Et qui ne donne "pas de consigne de vote" dans les régions où la gauche s'est désistée...L'unité est là, certes, face au Front National. Mais elle est de façade et va laisser des traces, à gauche, après ces régionales... A droite également, on appelle à voter contre...Mais là, c'est plus compliqué. C'est même quasiment schyzophrène...Puisque dans trois régions, dans le Nord dans le Sud Est et dans le Grand Est, il faut voter contre... le FN. Raison pour laquelle les candidats ont recentré leur discours afin de ne pas effrayer les électeurs de gauche...Regardez mon programme, explique maintenant Christian Estrosi, dans une interview, hier, au journal Libération. Sur 62 pages, il n'y en a "que deux consacrées à la sécurité"...Mais le problème, pour la droite, c'est que dans les autres régions, il faut contre... la gauche. Qui finalement est en mesure de l'emporter.C'est une des raisons pour lesquelles Nicolas Sarkozy a encore droitisé sa position en expliquant que le vote frontiste "n'était pas immoral" (l'autre raison étant qu'il anticipe le grand débat qui aura lieu après le deuxième tour avec ses adversaires pour la primaire... et en particulier avec Alain Juppé)...Mais en attendant, ça fait hurler de colère ceux qui cherchent à draguer à gauche. "Mais qu'il(s) se taise(nt), s'est emporté Xavier bertrand, hier. Si on ne peut l(es)'enfermer, qu'il(s) se taise(nt)"...Là encore, tout ça nous annonce un grand déballage pas piqué des verts, à droite, quand toute cette affaire sera derrière nous...Mais le vote contre, c'est aussi ce qui sous-tend l'appel au vote en faveur du Front National."Contre le système", nous dit Marine Le Pen, contre les élites en place qui n'ont rien fait depuis des années, contre la mondialisation, contre l'Europe, contre les immigrés, contre, contre, contre...Et ça marche. En partie. Puisqu'au fil des scrutins, le FN ne cesse de progresser. Il a recueilli près de 28% des voix, au premier tour, dimanche dernier, devant le PS et devant "Les républicains"... 6 millions d'électeurs ont glissé un bulletin "Front National" dans la petite enveloppe bleue sur laquelle est inscrit "République Française" et qu'on dépose dans l'urne, le dimanche matin, dans un rituel très républicain...Mais 6 millions d'électeurs, 28% du corps électoral, avec un taux de participation à 50%, ça représente 14% des français inscrits sur les listes. C'est peu si l'on regarde bien... Parce que le vote contre (l'ensemble de la classe politique) est aussi ce qui alimente l'abstention...Une abstention, désormais, systématiquement élevée lors des élections intermédiaires. Et qui témoigne du fait que de nombreux français ne savent bien souvent, plus vraiment POUR qui voter...

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