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La politique : avec ou sans le parti ?

3 min

A quoi sert un parti politique aujourd'hui ? Est-ce que ça sert encore à quelque chose ?

Les trois listes du canton de Marle, dans l'Aisne, en mars 2015
Les trois listes du canton de Marle, dans l'Aisne, en mars 2015 Crédits : Stéphane Robert - Radio France

La question n'est pas nouvelle. Mais elle se pose avec, peut-être, plus d'accuité qu'auparavant du fait que les partis politiques semblent attirer de moins en moins de militants...On a appris, hier, que le nouveau parti de Nicolas Sarkozy, "Les Républicains", n'avait pas gagné de militants depuis que l'ex-président est revenu sur la scène médiatico-politique. Au contraire, il en a perdu. L'an dernier, à cette même date, ce qui s'appelait encore l'UMP comptabilisait près de 180 000 adhérents. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 176 000, 175 900 exactement. Chiffre confirmé avec un peu d'embarras, hier soir, au bureau politique de "Les Républicains"...Ce qui laisse un peu perplexe sur les ambitions affichées par Sarkozy quand il a repris la présidence du parti. "Vous allez voir, nous serons 300 000 fin 2015, et 500 000 en 2017"... On en sera vraisemblablement très loin...Alors, ne nous leurrons pas sur ce chiffre, 176 000 militants aujourd'hui, 4 000 de moins que l'an dernier. C'est l'un des concurrents de Nicolas Sarkozy à la primaire qui l'a laissé fuité.Pour montrer qu'il n'y a pas d'effet Sarkozy. Que la mayonnaise ne prend pas. Que même à droite, chez les sympathisants, on ne croit pas au retour de l'homme providentiel, du chef incontesté, qui disait encore il y a un an, quand il s'est présenté : "Quand j'aurai pris la bretelle d'autoroute et que je vais accélérer, (bon courage pour me rattraper)"...Au delà des petits calculs circonstanciels, on voit qu'il y a là deux stratégies qui s'affrontent. Nicolas Sarkozy joue le parti. Tandis qu'Alain Juppé, François Fillon, Xavier Bertrand, prétendent tracer leur route en dehors de l'appareil partisan...D'ailleurs, j'ouvre une parenthèse, il n'y a pas qu'à droite. A gauche également, on constate cette même érosion de militants au sein du parti socialiste. Officiellement ils sont 130 000, sans doute beaucoup moins.Et Manuel Valls, tout comme Emmanuel Macron, n'ont pas de réseaux au sein du PS. Ce qui ne les empêche pas de prétendre, malgré tout, incarner leur famille politique. Fermons la parenthèse...Alors tout ça nous amène à poser ces questions : quelle utilité aujourd'hui ont les partis politiques ? Et quelle légitimité accorde-t-il à ceux qui les dirigent ?... Rappelons que leur organisation est garantie par la constitution, article 4. Et que jusqu'ici, c'est toujours le leader d'un des grands partis de gouvernement qui a été élu à la tête du pays...C'est la raison pour laquelle Sarkozy avait trusté la présidence de l'UMP en 2004. François Hollande, lui, a dirigé le PS pendant 10 ans avant de se faire élire président.Mais les choses sont peut-être en train de changer...La mise en place du quinquennat, en 2002, a accéléré la vie politique française. Il a fait correspondre l'agenda présidentiel à l'agenda législatif. Et a de ce fait placé le président en 1ere ligne. Il n'est plus protégé par son 1er ministre. Il n'est plus en dehors du temps politique, au dessus des courants, comme auparavant.Ce qui a conduit, comme aux Etats Unis, à l'organisation de primaires pour désigner le candidat de chaque camp. D'abord à gauche en 2011. Et à droite aujourd'hui...Alors, certes, le parti reste une machine de guerre électorale. C'est lui qui capte les financements. Lui qui permet de sélectionner le personnel politique, de mobiliser les militants pour faire campagne.Mais il n'est plus que ça. Une machine, un appareil. Il n'est plus un laboratoire d'idées à travers lequel on élabore un programme. Un transfert est en train de se réaliser...C'est la raison pour laquelle on a toutes ces bisbilles, ces chicanneries, hier soir encore au bureau politique de "Les Républicains", ex-UMP.On va "élaborer un programme qui engagera tous les candidats", dit Nicolas Sarkozy. "Hors de question", répond Alain Juppé. "Bon, bon, d'accord, ne t'énerve pas Alain" a répondu Sarkozy...Nicolas Sarkozy qui est en train de réorganiser le parti à sa main. Il a encore nommé hier des présidents de fédération. Alain Juppé, lui, joue l'opinion et ne compte que sur les primaires pour lesquelles il attend "au moins 3 millions de votants"...Attention quand même, préviennent certains. C'est le parti qui organisent ces primaires. Pas de problème, répondent d'autres, Sarkozy n'a plus aucun moyen de les vérouiller et d'empêcher qu'elles soient complètement ouvertes à la droite et au centre...On est là. Et nous verrons bien...

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