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Le clivage droite/gauche est-il toujours pertinent ?

3 min

La question se pose alors que le Front National semble s'être durablement installé comme une force politique de premier plan, et que la traditionnelle bipolarisation de la vie politique française semble avoir laissé place à un système tripolaire...

Sarkozy Hollande
Sarkozy Hollande

Et au sein de ce paysage politique en pleine évolution, il semble que les lignes bougent, que les frontières ne sont plus aussi claires qu'auparavant.En témoigne, notamment, ce mouvement initié par notre invité du jour, Jean Pierre Chevènement. Lui, l'un des artisans de l'Union de la Gauche autour de François Mitterand...

Jean Pierre Chevènement qui s'est rendu il y a quelques jours à l'université d'été de Debout La France, le parti du souverainiste de droite, Nicolas Dupont Aignan. Et appelant à un rapprochement de ce qu'il appelle les "Républicains des Deux Rives" dans une volonté de défendre la souveraineté de la France contre l'Europe de Bruxelles... Autre mouvement, quelque peu analogue, celui de l'économiste proche de l'extrème gauche, Jacques Sapir, qui lui envisage la création d'un "Front de Libération National" qui pourrait, à terme, intégrer le FN de Marine Le Pen si, dit-il, ce parti continue son évolution. Pour Jacques Sapir, il s'agit là encore de défendre la France contre les institutions européennes et d'organiser la sortie de l'euro...Alors faut-il voir dans ces mouvements, dans ces rapprochements politiques, l'amorce d'une recomposition du paysage où l'on pourrait progressivement passer d'un clivage droite / gauche à un clivage pro-européen / anti-européen ?...En réalité, la réponse n'est pas si simple. Et pour essayer de comprendre, je vous invite à consulter un ouvrage publié ces derniers jours. Ouvrage qui s'intitule "le nouvel ordre démocratique" du politologue Jérôme Sainte Marie aux Editions du Moment...Un livre dans lequel il explique que le tournant que François Hollande a fait prendre à la gauche, avec son pacte de responsabilité, n'est pas anecdotique...Qu'il s'agit d'une reddition idéologique qui a traumatisé l'électorat de gauche et qui fissure encore un peu plus qu'il ne l'était le traditionnel clivage entre la droite et la gauche...Et il va plus loin en expliquant que la droite, comme la gauche, s'étaient jusqu'ici attachées à promouvoir l'égalité mais pas de la même manière.La droite, dit-il, s'est attachée à promouvoir l'égalité civile entre les individus. Tandis que la gauche s'est attachée à promouvoir l'égalité sociale entre les groupes. Et que c'est ça qui déterminait les identités...Or aujourd'hui, poursuit-il, l'identité nationale et l'identité de classe ont été délaissées au profit d'une vague identité européenne et d'identités religieuses, ethniques et sexuelles. Et du coup, c'est tout l'imaginaire national et républicain qui s'en trouve bouleversé... Selon Jerome Ste Marie, nos politiques, et la gauche en particulier, ont ouvert un grand "marché aux identités" et s'en trouvent fragilisés...Par ailleurs, dit encore Ste marie, la classe politique française essaie de compenser ses reculs et ses renoncements en matière économique et social par la distribution de privilèges à des groupes ciblés, sur le modèle anglo-saxon. Le résultat, c'est que ceux qui bénéficient de ces privilèges, autrement dit les élites, applaudissent tandis que les classes populaires s'inquiètent de plus en plus...Et que le grand moment de vérité, le basculement, sera vraisemblablement la présidentielle de 2017. On aura le FN au second tour, dit-il, c'est quasiment assuré. Et en face, soit la droite, soit la gauche, sera battue... Le camp qui perdra alors entrera dans une crise sans précédent et les débris de la force vaincue s'agrègera à la force victorieuse. On pourra dire alors, conclue-t-il, que le clivage droite / gauche aura vécu...En attendant, un autre politologue que nous connaissons bien à France Culture, Jean Louis Bourlanges, fait, lui, ce constat inquiétant : "Regardez, dit Bourlanges. François Hollande parle à la droite. Alain Juppé parle à la gauche. Nicolas Sarkozy parle à l'extrème droite. Et Marine Le Pen parle à l'extrème gauche. N'est-ce pas le signe que nous vivons dans une société troublée?..."

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