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Le cri démocratique de la République

3 min

On commence à se connaitre un petit peu, Guillaume Erner, je vais vous dire ce que j'ai fait, hier, en début de soirée. J'ai regardé le débat télévisé organisé, en vue des élections régionales, par France 3 Paris Ile de France...

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Oui. Je sais. Chacun ses centres d'intérêts...C'était bien sûr un débat sur l'Ile de France, avec Wallerand de St Just, Valérie Pécresse que nous recevrons, tous les deux, tout à l'heure, à partir de 8h15 sur France Culture. Il n'y avait pas Claude Bartolone qui ne veut pas débattre avec Pécresse. Il était représenté par Benoît Hamon, l'éphémère ministre de l'éducation. Il y avait aussi Emmanuelle Cosse pour les Verts, Pierre Laurent pour les communistes, Nicolas Dupont Aignan pour lui tout seul...Et figurez-vous que c'était très intéressant !... Enfin pour qui s'intéresse aux enjeux de cette campagne sur le plan régional, au niveau de l'Ile de France. Tous ces candidats ont parlé sécurité, bien sûr, mais un peu seulement, un petit quart d'heure, et puis on est passé à autre chose...Ils ont également parlé transport. Faut-il faire le Grand Paris ou pas ? Comment est-ce qu'on désengorge les lignes TER ? et les bouchons, sur les routes, autour de la capitale ? Et puis en terme d'emploi, de formation professionnelle, qu'est-ce que peut concrètement faire la région ? Et comment est-ce qu'on finance tout ça ?...C'était un vrai débat politique sur des enjeux régionaux. On a pu se faire une idée du programme de chaque candidat. Personne ne s'insultait, on n'était pas dans la posture. Et ça m'a tout drôle figurez-vous...Je me suis dit : "Mais où est-ce qu'on est ? On est revenu dans le monde d'avant. D'avant les attentats. D'avant l'état d'urgence. D'avant Eric Zemmour. D'avant les questions caricaturales sur "les musulmans sont-ils tous d'horribles terroristes ?". Je me suis dit : "On est revenu dans un monde normal". "Et ça fait du bieeeeeeeeeen"... Je vous jure que ça fait du bien...Mais ça ne dure pas, évidemment. Parce que des débats comme celui-là, il n'y en a pas eu beaucoup. Il n'y a pas eu de campagne en réalité. Et il n'y a pas eu de campagne pour plusieurs raisons...D'abord parce qu'il n'y a pas de véritables enjeux pour ces élections.La réforme territoriale n'a quasiment rien changé. On a regroupé des régions, certes, mais on n'a pas augmenté leur budget, on les a juste additionné. Et on n'a quasiment pas modifié leurs domaines de compétences...Pour creuser un peu plus cette question, je vous invite à vous pencher sur ce que dit le haut fonctionnaire, Jean-Luc Boeuf, dans un ouvrage sur la France et ses régions, qui vient de sortir aux éditions "Primset", et qui s'intitule "un seul lit pour deux rêves".En gros, il dit que 95% des budgets régionaux sont, et vont continuer à être consacrés, à l'avenir, à remplir des compétences obligatoires. Et donc que les marges de manoeuvre sont très minces.Ce qui fait que, quelque soit le candidat que vous élisez, ça ne changera pas grand chose. Il ne pourra décider qu'à la marge de ce qu'il va faire du "petit peu" d'argent dont il dispose qu'il ne devra pas consacré aux dépenses de fonctionnement. Bref, c'est l'Etat centralisateur qui conserve l'essentiel des pouvoirs... Et donc, forcément, ces élections n'ont de valeur que comme un "test" en vue des élections nationales. C'est pour ça que ce sont les thèmes nationaux qui s'imposent dans cette campagne... Des thèmes nationaux qui, conjoncturellement, sont dominés d'une part par une actualité imposée par le chef de l'Etat : la COP 21 à Paris. Et d'autres par une actualité subie : les attentats, les vagues de migrants, la guerre en Irak et en Syrie...Et si l'on combine tout ça avec la fracture sociale de Jacques Chirac qui n'en finit de s'agrandir, les inégalités qui s'accroissent, la crainte de la mondialisation et une élite politique bien en place et qui ne veut surtout pas partir (rendez-vous compte. Laurent Fabius, actuel ministre des affaires étrangères, était premier ministre en 1984. C'était il y a 31 ans)...Alors on en est là. Avec un Front National qui prospère. Et des cris d'orffraie sur la République en danger...Je ne sais pas si elle est en danger, la République, peut-être. En tous cas, elle est rouillée, grippée, corsetée. Et elle est en train de crier, démocratiquement, que ça lui fait mal...

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