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Le Masseret ou le couperet ?

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Finalement, il maintient sa liste, Jean Pierre Masseret. Il maintient sa liste en Champagne Ardennes Alsace Lorraine au risque d'offrir la victoire au candidat du Front National, Florian Philippot, au second tour des régionales, dimanche prochain...

Jean-Pierre Masseret le 6 décembre 2015
Jean-Pierre Masseret le 6 décembre 2015 Crédits : Alexandre Marchi - Maxppp

Il l'avait déjà déposée, lundi, dans la journée. Et l'unique condition pour que la préfecture accepte de l'invalider était que plus de la moitié de ses colistiers, 95 donc sur 189, déclarent officiellement ne plus vouloir y figurer...Il y a eu tout un tas de pressions du PS, au niveau national, sur tous ces colistiers. Des coups à fil en rafales entre Paris et la Lorraine, entre Paris et la Champagne, entre Paris et l'Alsace, entre Paris et les Ardennes. "Tu sais, si tu ne retires pas, tu ne seras plus adjoint au maire dans ta commune demain ?! Tu le sais ça ?!"... "Tu sais, si tu ne te retires pas, tu n'auras pas l'investiture du Parti pour le prochain scrutin ?! c'est dommage non ?!"... Oui, c'est parfois un peu mesquin, la politique, dans la pratique...Résultat des courses, ils sont 71. 71 colistiers qui ont accepté de se retirer. Insuffisant. La liste est donc maintenue...Alors, déjà, d'un point strictement mathématique, ce clivage entre ceux qui estiment devoir se retirer, au nom de la morale, pour faire barrage au Front National, et ceux qui pensent qu'il faut se maintenir, au nom du jeu démocratique, quitte à faciliter la victoire de quelqu'un que l'on considère "peut-être" dangereux pour la république et la démocratie, laisse augurer de ce qui va vraisemblablement se passer, dimanche prochain, lors du vote, au sein de l'électorat...Et je ne parle pas, là, seulement de la région Alsace Lorraine Champagne Ardennes, mais de ses autres régions où les socialistes se sont désistés. Le report des voix de gauche sur les candidats de droite ne sera sans doute pas bon... Au delà de ces considérations, maintenant, est-ce qu'il a raison ou est-ce qu'il a tort, Jean Pierre Masseret ? Doit-il aller se cacher au fin fond d'un trou de souris du fin fond de la Lorraine pour aller boire son calice de la honte jusqu'à la lie ?...Certains vont faire valoir qu'il n'a pour ambition que de sauver quelques postes. Et tant pis pour la morale, tant pis pour la démocratie. On pourrait leur rétorquer qu'au contraire, c'est là le jeu démocratique...Accepter de se retirer, c'est disparaitre de l'arène politique régionale pendant six ans. C'est suicidaire. C'est ne même plus exister comme force d'opposition. Et pour reconstruire quelque chose derrière, pour redevenir une force d'alternance crédible, ça devient la croix et la bannière...Il faut aussi bien se rendre à l'évidence que cette posture morale, qui consiste à faire barrage à tout prix au Front National, ne marche pas. Il ne cesse de progresser depuis 30 ans. Et ça s'accélère à un rythme exponentiel (au vu des récentes élections)...Et pourquoi ça ne marche pas ? Déjà parce que les partis traditionnels sont aujourd'hui constitués par un personnel politique quasiment inamovible. Il faut aujourd'hui patienter 15 ou 20 ans pour espérer décrocher un poste intéressant ou avoir fait une grande école. Le FN est quasiment le seul parti à donner sa chance aux jeunes...Ensuite, parce que brandir ce front républicain, c'est entériner la verticalité des décisions politiques. Il y a celui qui sait ce qui est bon pour la société, le responsable politique. Et il y a celui qui n'y comprend rien, l'électeur, voire le petit candidat qui ne compte que pour du beurre, et à qui il conviendrait d'expliquer ce qu'il doit faire, parce que lui ne sait pas. Ca, manifestement, un nombre croissant d'électeurs et de petits candidats en ont assez...Et enfin, sur le plan idéologique, sur le plan de comment l'on considère que peut s'organiser une société, c'est enterriner le fait qu'il n'y a pas tant de différences que ça entre la droite et la gauche.Et c'est placé le Front National dans la position de seule force réelle d'opposition. Et tout ça pour quoi ? Pour des questions tactiques en vue d'une autre élection, la présidentielle en 2017...Seulement on fait prévaloir, là, la forme sur le fond. On valide, comme le dit le premier ministre, le fait que "la gauche peut mourir" (à moins qu'elle ne soit morte, déjà)...Alors Jean Pierre Masseret a-t-il raison ?En tous cas, sa décision nous offre l'opportunité de nous poser, politiquement, beaucoup de questions...

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