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Les limites de la "triangulation"

3 min

La "triangulation", c'est ce à quoi s'essaie François Hollande depuis un peu plus d'un an et demi. Depuis janvier 2014, quand il a enfin osé avouer qu'il était social-démocrate, et qu'il a mis en oeuvre une politique beaucoup moins à gauche que celle pour laquelle il avait été élu...

Emmanuel Macron à l'Assemblée nationale
Emmanuel Macron à l'Assemblée nationale Crédits : Sebastien Muylaert - Maxppp

Alors. Ce n'est pas tout à fait ça la "triangulation". Et je ne vais pas vous laisser avec ce mot un peu barbare... "Il est bien gentil celui-là, mais qu'est-ce qu'il me raconte là ?"Eh bien justement.Commençons par là, c'est quoi la "triangulation" en politique ?!...C'est une stratégie, théorisée par l'âme damnée du président américain, Bill Clinton, en janvier 1995. Dick Morris. Il était alors son conseiller en communication...A l'époque, Clinton est au plus mal. Les Républicains viennent de remporter la majorité dans les deux chambres. Et sa réélection pour un second mandat parait très compromise...Dick Morris élabore alors son concept de "triangulation". "Tu vois Bill, lui dit-il. Actuellement, il y a deux camps. Idéologiquement opposés. Les démocrates et les Républicains. Et entre les deux, une barrière infranchissable. Résultat, la situation est complètement bloquée. Si tu franchis la barrière, que tu récupères une partie des propositions du camp adverse, tu traces une ligne entre les deux. Et ça forme un triangle, d'un côté les démocrates, de l'autre les Républicains, et toi tu te situes au milieu mais au dessus. Toi tu es le sommet du triangle. Tu domines... "Résultat, ça a fonctionné. Clinton a été triomphalement réélu en 1996...Ensuite, Tony Blair a importé le concept en Grande Bretagne... ce qui lui a permis de gouverner pendant 10 ans...Et aujourd'hui, François Hollande s'essaie à l'exercice... Alors au début ça a marché. Le pacte de responsabilité, le CICE (Credit Impôt Compétitivité Emploi) ont quelque peu déstabilisé la droite. D'ailleurs c'est une des questions récurrentes que nous, journalistes politiques, posions aux responsables de droite : "Mais enfin, c'est la politique que vous préconisez ? de quoi vous plaignez-vous ?"... "Oui, mais... ça ne va pas assez loin" nous répondait-on un peu embarrassé...Aujourd'hui, la droite s'est ragaillardie. La réponse est : "Vous voyez-bien que ça ne marche pas"...Et les deux fers de lance de François Hollande en matière de triangulation, Manuel Valls et Emmanuel Macron, ne produisent pas, ou ne produisent plus, les effets escomptés...Voyez la dernière sortie d'Emmanuel Macron sur le statut des fonctionnaires qu'il n'estime "plus adéquat". Après les 35 heures, ça ne passe pas à gauche. Même chez les plus légitimistes. Raison pour laquelle Martine Aubry est sorti de son beffroi, hier. "Macron, comment vous dire... a-t-elle déclaré la machoire serrée... ras-le-bol ! ras-le-bol !... Qu'il s'occupe de son ministère, ce sera déjà très bien..."Il faut dire qu'à l'approche d'élections régionales pour lesquelles la gauche est plus divisée que jamais, ce petit clin d'oeil à droite n'est pas forcément le bienvenu...Mais au delà du contexte. Plus globalement. Constatons qu'Hollande n'est pas très à l'aise avec ce concept de triangulation.Car il a complexifié les règles, essayant de jouer plusieurs parties à la fois... Déjà, en 2012, il a repoussé les offres de service de François Bayrou. Pour, 2 ans plus tard, mettre en oeuvre la politique que celui-ci préconisait...Ensuite, Macron n'est pas seulement une de ses cautions à droite, il est aussi sa "créature" comme dit un ministre, son instrument pour doubler Manuel Valls par la droite, obligeant son 1er ministre à rentrer dans le rang, tout en l'affaiblissant dans l'opinion...Alors il essaye bien, François Hollande, de donner quelques gages à gauche. Sur les questions sociétales. En annonçant des baisses d'impôt pour 2016. Mais on voit bien que tout ça n'est pas vraiment maitrisé... Le résultat, c'est qu'une partie de la droite s'est décalée un peu plus encore vers la droite, derrière Nicolas Sarkozy. Qu'Alain Juppé, lui, fait de la triangulation dans l'autre sens, avec des clins d'oeil à gauche. Et que la majorité est au bord de l'explosion...Le risque, c'est que le point de départ, en bas, à gauche, pourrait bien disparaitre. Et tout le triangle avec. Et dans ce cas, plus de figure de style. Plus de sommet. La chute est inévitable...

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