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Les petites manoeuvres avant les grandes ambitions

3 min

Pour nos responsables politiques, l'heure n'est pas aux grandes déclarations enflammées : "Bien sûr que je suis candidat à l'élection présidentielle en 2017. Et j'ai un vrai projet pour la France. Vous allez voir ce que vous allez voir. Dans 10 ans, on aura dépassé l'Allemagne. On aura un taux de croissance de 10%. Et un taux de chômage de 3. On aura éradiqué le frelon asiatique. Et tout le monde flatulera dans la soie..."Non non non non non. C'est pas comme ça que ça marche.

 La bataille de Marignan, attribuée au maître de l'Antiphonaire de la bibliothèque de Busto Arsizio, un peintre lombard
La bataille de Marignan, attribuée au maître de l'Antiphonaire de la bibliothèque de Busto Arsizio, un peintre lombard

Il faut d'abord avoir les moyens de ses ambitions. Et ça commence par de petites manoeuvres. Qui n'ont l'air de rien comme ça. Mais qu'il ne faut surtout pas négliger. C'est comme dans une partie d'échecs, les premiers coups ne décident pas de la victoire. Mais ils peuvent déterminer la défaite. Il ne faut pas se louper. Et on en est là, actuellement, sur le grand échiquier politique national...Prenez François Hollande. Savez-vous quelle est sa priorité ? La courbe du chômage qu'il faut inverser ? Non. Ca, ça devrait arriver. Enfin, on verra. Eradiquer Daesch en Irak et en Syrie ? Ohlala! Ca, on y arrivera pas tout seul, hein...Non. Sa priorité, c'est d'empêcher les candidatures alternatives à gauche, au 1er tour, en 2017.Bon, Mélenchon, ce sera difficile. Mais il ne faudrait pas, en plus, qu'il y ait Cécile Duflot. La bougresse s'y prépare. Elle vient de sortir un bouquin. Et pour Hollande, ce serait mortel, comme pour Jospin en 2002...Alors il vient d'envoyer un signal, via son 1er ministre, qui a lâché en privé : "Emmanuel Macron pourrait bien être candidat aux législatives dans la circonscription de Cécile Duflot." Allo? Allo? Message reçu?..." en tout cas il est envoyé...Nicolas Sarkozy, lui, a deux problèmes. Remporter la primaire de "Les Républicains" en novembre 2016. Et éviter une candidature de François Bayrou qui pourrait lui enlever beaucoup de voix...Mais chaque chose en son temps. D'abord la primaire!Et pour ça, il faut battre Alain Juppé.Pas facile, l'animal ne faiblit toujours pas dans les sondages. Alors dans un premier temps, il faut l'affaiblir en interne, au sein de "Les Républicains". Il faut le marginaliser.C'est la raison pour laquelle, à l'issue du débat sur l'immigration organisé par le parti, mercredi, il devait y avoir onze questions soumises au vote des militants. Et Sarkozy en a rajouté une douxième, au dernier moment : Faut-il demander aux migrants de "s'intégrer" ou de "s'assimiler"?... Juppé a toujours prôné l'intégration. S'assimiler, ça veut dire renier ses origines, c'est une aberration. Or Sarkozy, lui, prône l'assimilation dans un clin d'oeil aux électeurs du Front National. Et comme il sait que la majorité des militants de son parti sont avec lui, ils vont répondre : "Mais bien sûr! Assimilation". Il pourra alors dire, tout sourire : "Tu vois Alain, c'est toi qui te trompes"...Bien sûr, il n'y a pas qu'Hollande et Sarkozy.Alain Juppé puisqu'on en parle. Lui doit continuer à surfer sur sa vague de popularité. Alors on déroule le programme. Un petit bouquin pour commencer, un autre en janvier prochain. En attendant, on se droitise un petit peu. Mais pas trop non plus, il faut rester le candidat du Centre...Ah si! Le problème, c'est que Sarkozy va vouloir s'attribuer la victoire annoncée aux régionales. Faut pas se laisser distancer. Allez hop, une petite visite en Picardie, aux côtés de Xavier Bertrand, le candidat de son camp face à Marine Le Pen, avec il s'entend merveilleusement bien. En cas de victoire, c'est "son ami" Bertrand qui aura gagné...François Fillon, lui, a beaucoup perdu depuis 2012. Il lui faut retrouver de la crédibilité. Alors il sort un bouquin programmatique qui s'intitule "Faire" (à partir de lundi en librairie).Et après avoir maintenu une distance prudente avec les journalistes pendant des mois. Il est partout dans les médias. Hier soir sur France 2. Sur RTL ce matin. Et dans Le Figaro Magazine...Et que dire de François Baroin... Lui n'est pas candidat à la présidentielle. Il vise plutôt Matignon en 2017. Et il est à la pointe de la mobilisation des maires demain contre la baisse des dotations de l'Etat. Alors qu'il défend par ailleurs la proposition de son camp de faire 100 milliards d'euros d'économie dans les comptes publics...Voilà. Ils en sont là nos responsables politiques. A de petits positionnements stratégiques. Comme des généraux sur leurs collines qui préparent la grande bataille. Un fantassin par ci. Un cavalier par la...Et il faut croire tous ces hommes qui prétendent aux plus hautes fonctions quand, à la question de savoir s'ils sont candidats à tel ou tel poste, ils vous répondent : "Oula la! Mais la question n'est pas là. On en est encore loin. Il y a tellement de choses qui peuvent se passer d'ici là!".C'est la stricte vérité. Ils ne vous mentent pas. Car avant d'être candidat à quoique ce soit, il faut avoir soigneusement préparé le terrain...

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