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17 octobre 1961 : de Papon à de Gaulle ?

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En rendant hommage aux victimes algériennes de la manifestation parisienne du 17 octobre 1961, François Hollande enclenche une mécanique historique qui pourrait lever un tabou, en touchant à l’intouchable. Cet intouchable est Charles de Gaulle.

Jamais un Président français n’avait été aussi explicite, pour relater des événements par ailleurs établis, et désormais bien connus : « Le 17 octobre 1961, dit le communiqué de l’Elysée, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression ». François Hollande ajoute que « La république reconnaît lucidement ces faits »

Jusqu’où ira la lucidité ?

Pour l’immédiat elle se contente de reconnaître un massacre au niveau le plus élevé, et le prochain voyage du Président en Algérie n’est sans doute pas étranger à cette démarche de clarification.

Les faits nous ramènent à quelques mois de l’indépendance algérienne, alors que le Général de Gaulle avait largement engagé la politique de décolonisation.

Dans un contexte d’attentats, le Préfet de Paris avait décrété un couvre feu appliqué aux seuls Nord-Africains. C’est ce couvre feu qui a été bravé le 17 octobre, et réprimé brutalement provoquant la mort d’un grand nombre de personnes.

L’histoire officielle retient désormais le crime du préfet de Paris, Maurice Papon, condamné par ailleurs pour crime contre l’humanité pour des faits commis lorsqu’il était préfet de la Gironde, de 1942 à 1944, sous les ordres de la France pétainiste.

Ainsi la boucle serait bouclée. Le même homme aurait commis des crimes d’état à moins de vingt ans de distance.

Le problème c’est que cet homme était un haut fonctionnaire. Et même du plus haut niveau qui soit. A l’époque Paris n’était pas une ville comme les autres, le pouvoir central gérait la capitale par l’intermédiaire d’un préfet, qui était son bras armé. Ce poste était donc ultra-sensible.

Qui choisissait le préfet ?

Le Président de la République. Le Président connaissait-il la carrière vichyssoise de Maurice Papon ? Forcément, puisque ce Président était le Général de Gaulle.

Le général de Gaulle a-t-il pu ne pas savoir ce qui se passait dans sa capitale. Cette question n’est pas posée, mais elle se pose dorénavant. Elle se pose d’autant plus que ces massacres n’ont pas ralenti la carrière du Haut fonctionnaire, décoré de la croix de commandeur de la Légion d’honneur des mains de son président, puis devenu député et trésorier du parti gaulliste en 1968, puis ministre du budget en 1980.

Il se peut donc que le crime du préfet Papon, désormais reconnu, pose un jour la question du rôle de Charles de Gaulle dans cette opération, et ça, ce serait renversant comme une statue qu’on déboulonne…

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