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35 heures : le faux nez de François Fillon

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Décidément les trente cinq heures sont increvables. François Fillon a de nouveau réclamé, hier, leur abrogation pure et simple. Ainsi, alors que François Hollande vérifie tous les jours que le démantèlement des mesures de son prédécesseur d’il y a six mois ne suffit pas à faire un programme, les candidats à la présidence de l’UMP paraissent considérer que l’urgence est de défaire une loi vieille de quinze ans, et revue cinq ou six fois. La vérité c’est que ce débat en cache un autre.

Les trente cinq heures c’est Belphégor. Les plus âgés des auditeurs se souviendront du fantôme de leur enfance qui rôdait au palais du Louvre et les faisait trembler dans leur lit. 35 heures, 35 heures, 35 heures, Nicolas Sarkozy les ressortaient tous les trois mois, les assouplissaient et les ré-assouplissaient, et il a pu vérifier, lui aussi, qu’il ne suffit pas d’agiter le bilan de ses devanciers pour faire briller sa propre action.

Or voilà que ses successeurs potentiels remettent l’ouvrage sur le métier, ou plutôt la RTT. Fillon, mais aussi Jean-François Copé qui a repris la balle au vol, pour dire que c’est à lui que revient le mérite d’avoir proposé l’abrogation, avant tout le monde.

En fait ce débat est un faux nez. Il ne s’agit pas de défaire la loi de Martine Aubry, mais de démanteler aussi les 39 heures de François Mitterrand ou les 40 heures du Front Populaire.

Quand François Fillon parle d’abroger toutes les lois sur les 35 heures, il sait bien que les Français comprennent qu’on allongera le temps de travail jusqu’à la précédente durée légale c'est-à-dire 39 heures.

Or ce n’est pas le projet qu’il a en tête.

Son projet, comme celui de Jean-François Copé, c’est de supprimer toute référence nationale à une quelconque durée du travail, pour lui substituer une durée variable, qui serait négociée branche par branche, ou entreprise par entreprise, après négociation entre le libre salarié et le chef d’entreprise souverain.

La seule limite serait celle imposée par les règles européennes. La semaine de travail ne pourrait excéder 48 heures.

Ainsi, derrière l’invocation des 35 heures, se cache un débat qui ne mène pas aux 39 mais peut conduire aux 48.

Au-delà du rallongement, avec son impact sur le secteur des loisirs, ou la vie des familles, les problèmes seraient immenses, à commencer par l’existence des fameuses heures supplémentaires, aujourd’hui refiscalisées, et qui disparaitraient avec la référence au temps de travail.

Le chantier serait colossal et ses retombées immenses. Tellement colossal, et tellement immense, qu’on ramène le débat à un totem, 35 heures, 35 heures, 35 heures, pour éviter d’en parler…

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