LE DIRECT

Affaire Tapie : Watergate ou Deep Snowden ?

2 min

« Scandale d’état » « Cabinet noir », « Cellule de l’ombre », l’UMP s’est emparée de l’enquête publiée aujourd’hui par le magazine Valeurs actuelles. L’Elysée aurait fouillé dans les archives de Nicolas Sarkozy pour donner à la justice et à la presse des informations, notamment sur l’affaire Tapie. Nadine Morano parle déjà de « Hollandgate », en référence au Watergate...

A l’appui de sa démonstration, un parallèle entre la présidence américaine des années 70 et celle des années 2013 en France. Comme Nixon autrefois, Hollande aurait tenté d’espionner son adversaire. Le rapprochement s’arrêtera là.

Dans l’affaire du Watergate, deux journalistes, les fameux Woodward et Bernstein sont renseignés par un membre de l’administration qu’ils surnomment Deep Throat, gorge profonde, en référence à un film de l’époque, et publient ses révélations, qui provoquent un séisme. La vérité du Watergate est passée par un canal illégal, au sous-sol d’un parking.

Dans l’affaire mise en avant par Valeurs actuelles, le séisme ne viendrait pas des faits présumés, en l’occurrence l’affaire Tapie, quatre cent millions d’euros publics donnés à un particulier, Claude Guéant et ses tableaux, Christine Lagarde et ses trous de mémoire, les juges-arbitre et l’homme d’affaire, les réunions à l’Elysée, elles porteraient sur l’identité de celui qui les aurait rendues publiques.

Le procès ne serait pas celui du message, mais celui du messager. Ce ne serait pas un Watergate, mais clairement un Deep Throatgate, avec François Hollande dans le rôle de l’indicateur.

Cette stratégie est une constante dans la défense de l’ancien Président face aux affaires dont on l’accuse. Elle culmine dans l’affaire Bettencourt à plusieurs reprises. Quand les enregistrements clandestins sont publiés par Mediapart, le débat est rapidement orienté vers leur valeur juridique ou morale, pas sur ce qu’ils disent.

Puis on se dirige vers l’ancienne trésorière de Mme Bettencourt, qui confirme leur contenu. Elle est interrogée pendant quarante huit heures non pas sur ce qu’elle sait, mais sur ce qui l’a poussée à parler.

Peu après les téléphones des journalistes du Monde et de Libération sont écoutés pour repérer une source, en l’occurrence David Sénat, un conseiller de Michèle Alliot-Marie.

Un peu plus tard, c’est la qualité des juges qui sera remise en question, de façon spectaculaire.

Idem avec l’affaire Tapie, et ce dernier épisode. Non pas la contestation de vérités ou de mensonges rapportés par des journalistes, mais la dénonciation du canal qui les aurait renseigné.

L’affaire de l’Elysée, si elle devait se vérifier, et s’amplifier, n’aurait donc rien à voir avec le principe du Watergate, où une source illégale libérait une vérité cachée. Elle ressemblerait plutôt à une affaire Edward Snowden, dans laquelle le souci majeur ne serait pas de gérer la vérité, mais de la réduire au silence, avec celui qui la révèle.

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......