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Après la manif, le retour à la loi

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Ils ont l’ardeur des néophytes, les manifestants de ce dimanche, et au surlendemain de leur rassemblement réussi, après s’être comptés avec émerveillement, après avoir contemplé l’album photo, après avoir plié les banderoles, après avoir souligné qu’ils représentaient pacifiquement le peuple de France, ils font ce que firent leur devanciers, c'est-à-dire les manifestants contre la loi sur la retraite, qui furent trois fois plus nombreux qu’eux… Ils se demandent : « et maintenant, que vais-je faire ? ». Et ce qu’ils vont faire c’est une découverte éprouvée par leurs prédécesseurs de 2010. En République, le pouvoir ne se conquiert pas par le Champ de Mars, mais par le bulletin de vote…

Ce qui se passe avec cette affaire de mariage homosexuel, et avec la franche opposition qu’il soulève dans une partie du pays, est clairement une césure dans le quinquennat Hollande. Le président élu en Mai a consacré les huit premiers mois de son mandat à parler de désendettement, de déficit, de fiscalité, bref d’économie, un domaine où il n’a pas la main.

Le pouvoir politique est sur la défensive vis-à-vis de l’économie. Depuis trente ans ce n’est plus lui qui commande. Et comme la droite est par essence plus proche de ces milieux, c’est elle qui parlait fort, au point d’imposer un doute aux électeurs de mai : et si les élections n’avaient rien changé du tout.

Et voilà qu’en une semaine le contexte a changé. Pourquoi ? Parce que François Hollande s’est retrouvé sur deux terrains où il peut décider. Deux terrains régaliens. Il peut décider bien, il peut décider mal, libre à chacun de juger, mais il peut décider, il dit, et sa parole devient un acte.

Il a ainsi décidé d’entrer en guerre au Mali, et lui seul pouvait le faire. On sait comment débute ce genre d’engagements, par l’union nationale et les bravos, on ne sait jamais comment ils finissent, mais nous en sommes aux premiers jours, donc le Président fait soudain président.

Deuxième dossier, cette affaire de mariage, et cette manifestation « consistante », selon le mot de l’Elysée. Sauf montée en puissance qui atteindrait le seuil révolutionnaire, les manifestants connaîtront le sort de leurs devanciers de 2010.

Nicolas Sarkozy ne pouvait pas reculer sur les retraites sauf à démissionner de fait, et les marcheurs ont avalé la couleuvre.

François Hollande ne peut pas renoncer à ce qu’il appelle le mariage universel, sauf à se ridiculiser, et les manifestants de dimanche, qui dans leur très grande majorité n’ont jamais voté, et ne voteront jamais pour lui, vont découvrir ce que les passions politiques et les difficultés du PS au pouvoir leur avaient sans doute occulté.

Ils ont perdu les élections en mai, et pour le temps d’un mandat, ils peuvent toujours parler haut, toujours défiler, toujours brandir des calicots, ce n’est plus eux qui font la loi.

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