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Après le vol des pigeons, voici l'escadrille des aigles

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On a connu la pétition des pigeons, chefs de petites et moyennes entreprises. Voici maintenant l’arrivée des aigles, avec un mot qui veut dire guerre, le mot Ultimatum. La lettre ouverte au Président de la République signée par les 98 plus importantes sociétés françaises est sans doute un acte économique, mais elle est à coup sûr un événement de nature politique.

Les grands patrons d’entreprise n’émettent pas de revendication. Ils dictent une politique, point par point. On savait que le secteur économique avait pris une emprise majeure sur les gouvernements depuis trente ans. Un cap supplémentaire est désormais franchi. Cette fois le pouvoir économique, lui aussi décomplexé, écrit le programme d’un quinquennat.

« L’état doit réaliser 60 milliards d’économies au cours des cinq prochaines années, indiquent les signataires. Et l’état doit baisser les charges des entreprises à hauteur de 30 milliards en deux ans, en relevant la TVA ».

Exécution, rompez les rangs.

Cette dernière phrase n’est pas écrite, mais on la lit entre les lignes.

Donc trouver 90 milliards avec une croissance à peu près nulle. A titre de comparaison, en janvier dernier, le précédant gouvernement voulait trouver 9 milliards en un an, avec une croissance attendue à plus de un pour cent.

Autant dire que l’effort exigé par l’ultimatum est colossalement plus important.

« La France affiche un déficit sans précédant de son commerce extérieur, de ses paiements courants, de ses finances publiques, et de ses comptes sociaux » accusent les grands patrons. C’est exact. Mais les faits qu’ils décrivent ont commencé depuis dix ans, et n’ont cessé de s’aggraver. En 2002 le commerce extérieur de la France n’était pas déficitaire, la sécurité sociale non plus, la dette était beaucoup moins lourde. Pourquoi cette longue inertie, et cette soudaine impatience, alors que les choses empiraient ? Quelque chose aurait-il donc changé dans l’environnement politique qui fasse que ce qui était supporté vaille que vaille devienne insupportable six mois après une alternance.

Y aurait-il une raison de cause à effet entre l’élection de mai et le courrier d’octobre ? L’Afep, association française des entreprises privées, qui est un lobby puissant, ignore-t-elle que son initiative sera forcément ressentie comme un acte politique.

Ses responsables connaissent la vie des grandes entreprises, donc la gestion des grands ensembles et des enjeux de pouvoir, ils ne peuvent pas ignorer que la manière cinglante dont ils interpellent le Président de la république ne peut qu’introduire une épreuve de force.

Face au mouvement des pigeons, François Hollande avait préféré reculer pour éviter un affrontement. Désormais que les aigles arrivent en escadrille, il n’a plus le choix. Il va devoir rappeler qui commande en république, donc renvoyer l’Afep à ses chères entreprises…

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