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Assemblée : la jacquerie des multicartes

2 min

L’assemblée nationale a l’épiderme sensible, et pas seulement sur le mariage. Elle a défendu le principe du cumul des mandats, et elle bouillonne ces jours ci à l’idée qu’on puisse légiférer sur les conflits d’intérêts en empêchant les députés d’exercer certaines professions. Les arguments ne manquent pas de force. Ils ne manquent pas non plus de faiblesses, au pluriel…

Le gouvernement présentera mercredi son projet de loi de moralisation de la vie politique. Et déjà bien des parlementaires se mobilisent contre le principe d’une « liste noire », ou d’une « liste verte ». La liste noire interdirait tout cumul d’un mandat et d’une profession, sauf certaines d’entre elles. La « liste verte » autoriserait ce cumul, mais en écartant certaines professions.

Les avocats, directement visés, sont en fusion, le conseil national des barreaux aussi, qui parle « de projet scélérat qui va infuser l’idée qu’un avocat serait malhonnête ». Les médecins se sentent également dans le collimateur, pas pour l’acte de soigner, mais pour le risque de subir les charmes discrets des laboratoires pharmaceutiques.

D’une manière plus générale, une objection s’élève, et elle parait imparable. Si on contraignait un député, élu pour cinq ans, à couper toute relation avec l’entreprise qu’il dirige, avec son conseil d’administration, avec son cabinet de médecin ou d’avocat, donc avec sa clientèle, on finirait par n’avoir plus qu’une assemblée de fonctionnaires, c'est-à-dire de professionnels dont le retour à l’emploi serait garanti à la fin du mandat.

On souligne aussi qu’une assemblée d’élus, coupée des réalités de la société, et qui ne fabriquerait plus que des lois à huis-clos, deviendrait un conseil de technocrates et non plus une émanation du pays.

Tout cela est convaincant, mais tout cela a tout de même des limites.

La première est morale. A force de s’indigner quand on publie les patrimoines, quand on limite le cumul des mandats, quand on place des sens interdits pour venir à bout du cancer démocratique des conflits d’intérêt, l’assemblée finit par ressembler à un syndicat à l’ancienne, qui défend ses avantages et ses facilités corporatistes jusqu’au moment où un scandale la contraint à bouger.

La deuxième limite est plus terre à terre. C’est celle du temps. Il serait donc mieux que le député soit maire, ou président de conseil régional, ou de conseil départemental, et formidable qu’il soit en même temps avocat, chirurgien, conseiller, chef d’entreprise. Mais où trouve-t-il le temps ? Au moment où l’on explique aux Français qu’il faut travailler davantage, le métier de député pourrait ainsi se réduire à quelques heures par semaine.

A moins qu’ils ne soient tous magiciens. Qu’ils aient le don d’ubiquité. Dans ce cas il faut changer le symbole de la république. Renoncer à Marianne et adopter Durga, femme de Shiva. C’est une déesse a dix bras.

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