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Austérité : Migaud 1er adresse sa bulle

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La France est-elle malade du chômage, de la pauvreté qui s’installe, du pouvoir d’achat qui régresse, du surendettement qui gagne désormais les séniors selon le journal le Parisien de ce matin ? Non, la France est malade de ses déficits publics. C’est Didier Migaud, le Président de la Cour des comptes qui le disait hier matin sur Europe 1.

C’est une déclaration tranchante, et pleine de certitude. Il faut tailler dans le vif… Trancher dans le lard du malade qui maigrit. M. Migaud, dont la fonction est théoriquement de contrôler les dépenses se pose ainsi en oracle politique, et son injonction à une plus grande rigueur intervient de façon carrée dans un contexte économique extrêmement délicat.

La France ne tiendra pas son objectif de 3% de déficit en 2013, pour cause de croissance en berne, voire de récession. Cette panne, loin d’affecter la seule économie nationale, frappe toute l’Europe, et a atteint l’Allemagne de plein fouet au dernier trimestre 2012, avec une croissance à –moins 0,6% contre -0,3% en France.

Le débat sur la rigueur prend donc de l’ampleur dans notre pays, où les ministres vont recevoir leurs lettres de cadrage plus rapidement que les années précédentes, et il s’étend dans le monde entier.

Il s’étend et il se nuance.

Le Fond monétaire international, le premier, avait admis que la marche forcée au désendettement et à la réduction des déficits, avait plus de chance de tuer le malade que de le guérir, et l’un de ses économistes en chef avait reconnu que cette politique d’austérité radicale s’appuyait en fait sur des erreurs de calcul. Puis la commission européenne s’était interrogée. Enfin le G20, réuni à Moscou, a aussi mis de l’eau dans son vin orthodoxe en admettant, dans son jargon, qu’il « fallait parier sur des stratégies budgétaires de moyens termes crédibles plutôt que sur des objectifs chiffrés et des échéances précises à court terme », autrement dit, par exemple, arrêter de s’obséder en Europe avec cette histoire de 3%.

Ainsi le discours change, il se fait moins imprécateur, il admet que la réalité est plus complexe qu’une équation mathématique, mais M. Migaud n’a aucun doute, ni dans le fond ni dans la forme. Le monde entier s’interroge, mais lui il sait, il connaît la recette, elle est simple, il faut trancher pour être heureux.

C’est d’ailleurs devenu un état de fait en France. Les personnalités désignées savent mieux ce qu’il faut faire que ceux qui sont élus. Le Président de la Chambre des comptes définit ainsi la politique économique du pays, comme le Conseil Constitutionnel traçait le mois dernier la limite chiffrée entre un prélèvement fiscal et une spoliation.

C’est ainsi. Au moment où le pape du Vatican est devenu plus humain en renonçant à sa charge, d’autres pontifes montent en ligne, et eux, ils continuent d’être infaillibles.

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