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Avignon : un festival normal, et anormal

3 min

C’est comme ça depuis la semaine d’Art créée par Jean Vilar en 1947, après une rencontre avec le poète René Char. 4800 spectateurs dont 2900 payants, pour trois créations au palais des papes, à comparer aux plus de cent trente mille billets du seul festival officiel dans les années 2000. Avignon concentre en juillet, au milieu des événements du pays, et souvent du monde, le bouillonnement culturel particulier de la France. Cette année, le Festival, qui veut dire fête, commence dans un moment de crise, pour ainsi dire comme d’habitude. Cette année la crise est économique et elle est sociale, Peugeot a annoncé hier la fermeture du site d’Aulnay, et la suppression de huit mille postes, huit mille, chiffre à multiplier par trois si l’on pense aux emplois indirects. Et la fête continue, Avignon c’est comme ça. La fête n’a été bousculée gravement qu’une fois, en 1968, et carrément interrompue en 2003 par la grève des intermittents du spectacle, et pourtant cette fête là n’a jamais vécu en dehors des crises, des convulsions, des espoirs, des questions, des débats du reste du pays, puis du reste du monde. Depuis le début le festival d’Avignon est un moment totalement à part, y compris dans sa ville, totalement autonome, et totalement intégré. Il résume chaque moment politique, au sens de vie de la cité, et il mène sa barque de son côté, en créant un événement qui vit pour ainsi dire sa vie à l’écart des mêmes mouvements. S’il fallait simplement lister la suite des maires, de gauche, et de droite, qui se sont succédés, la liste des ministres, de toutes les couleurs, qui y ont défilé, le nom des Présidents de la République, on n’en finirait pas… Depuis le départ, vu du dedans, c'est-à-dire vu par la ville d’Avignon, le festival est vécu comme une espèce de grouillement, souvent très durement dénoncée dans des réquisitoires définitifs, mais passagers. Il se trouve que ce grouillement est devenue le cœur même de la cité, le moment le plus essentiel de sa vie quotidienne. Sans son festival, qui l’envahit une fois par an, comme un corps étranger, cette ville ne serait pas ce qu’elle est tout au long de l’année, dans son intimité. Pour avoir commencé ma vie professionnelle ici-même, pigiste au Provençal dans les années 70 puis à France Bleu Vaucluse dans les années 80, je peux me souvenir des controverses sur la programmation, les directeurs, les scandales quelquefois, les commerçants qui dénonçaient les hippies, l’exigence de retour aux grands textes, la dénonciation de ces petites troupes qui envahissaient les petites caves et parfois se montraient tout nus, et qui créeraient le fourmillement fantastique du festival Off. Avignon n’a vécu à l’abri de rien du tout, comme la Culture, et surtout pas à l’abri de la politique. Le Festival a été condamné à peu près tous les ans, et il a grandi quand même. A la limite c’est une anomalie, surtout par temps de crise. Un peu comme la terre... Alors, comme Galilée on conclura sur un murmure : « Et pourtant il tourne » …

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