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Bonnet d'âne et règle d'or

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Ils ont bonne mine Angela et Nicolas. A peine leurs bonnes résolutions publiées, ils se sont fait coiffer le bonnet d’âne par le maître Standards and Poor's. Il n’y a plus de premiers de la classe. Hier soir, après une roucoulante conférence de presse pendant laquelle le duo savait déjà la nouvelle, mais la gardait pour lui, on a appris que la fameuse agence de notation Strandard and Poors avait prévenu la France, l’Allemagne, l’Autriche, la Finlande, le Luxembourg et les Pays-Bas que leur triple A allait passer en conseil de discipline.

A. Merkel et N. Sarkozy, 45th Munich Security Conference 2009
A. Merkel et N. Sarkozy, 45th Munich Security Conference 2009

Est-ce la raison pour laquelle la France et l’Allemagne ont annoncé le durcissement du traité de Maastricht. Peut-être

Est-ce la raison pour laquelle le président français a re-promis l’adoption d’une règle d’or inscrite dans la constitution ? Ca, c’est moins sûr…

Car cette règle d’or est inaccessible et tout le monde le sait bien. Pour l’obtenir il faudrait le vote des trois cinquième du congrès, or le compte n’y est pas, le sénat vient de basculer à gauche.

C’est donc que le candidat Sarkozy n’enclenche pas un acte économique, mais un pari politique.

Il s’agit bien-sûr d’enfermer le prétendant socialiste dans le rôle de l’irresponsable. A priori l’arme est fatale. Ou bien François Hollande vote pour la règle d’or, et il renforce son adversaire. Ou bien il la repousse, et il démontre qu’il n’a pas le sens de l’état.

Voilà ce qu’escompte le Président sortant : pile je gagne et face tu perds.

Reste à savoir si ces subtilités passionneront les électeurs.

La règle d’or est en effet une jolie trouvaille, un mot qui brille, bravo au publicitaire qui l’a inventé, mais ce n’est qu’un alinéa dans une constitution, et on n’a jamais vu les variations de la loi fondamentale mobiliser les passions collectives.

Imaginez, par exemple, le dialogue dans un magasin où tout le monde comptera ses sous, au printemps : « Cette règle, monsieur, c’est du solide, elle obligera l’assemblée à respecter le traité de Maastricht » dira le poissonnier constitutionaliste au client qui répondra en payant son merlan : « Tu parles, Charles, ça porte atteinte à la souveraineté nationale »

Mais admettons que le grand public s’y mette quand même. Il entendrait alors un débat qui tourne en rond depuis neuf mois. L’UMP répète en boucle : « Si tu aimes la France tu dois voter la règle d’or ». Et le PS réponds à chaque fois : « Si tu aimes la règle d’or commence par rembourser les cadeaux fiscaux que tu as offert à tes amis les riches ».

C’est comme ça. Qu’elle soit d’or ou de platine, la nouvelle règle ne sera pas une baguette magique. Le chemin du désendettement devra passer sur le corps des uns, ou sur le corps des autres. Il va falloir choisir les sacrifiés. Faire de la politique.

Qu’on ait un triple A, un triple B ou un triple Z, La règle d’or ne sera pas la fin de l’Histoire.

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