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Budget : le pigeon pour se faire battre

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En termes d’image, c’est une défaite de première grandeur, taille XXL, que viennent de subir le gouvernement et le Président de la République. L’affaire dite des pigeons, qui l’opposait à des créateurs de petites et moyennes entreprises, lui donne l’air de céder au patronat et à la droite, et délivre à sa gestion de la crise et du budget un brevet d’amateurisme qui laissera longtemps des traces.

En politique les symboles sont redoutables, car ils marquent les esprits, et celui-là est d’autant plus lourd qu’il est caricatural. L’ancien Président de la république a été battu parce qu’il symbolisait, à tort ou à raison, une idée d’injustice. Avec lui les riches étaient sensés s’enrichir et les pauvres s’appauvrir. C’est d’ailleurs sur cette idée, cent fois répétée pendant la campagne, que François Hollande a été élu.

Et voilà l’heure du premier budget de la gauche revenue au pouvoir. Il est historiquement rigoureux, les impôts vont augmenter, et le message du gouvernement était qu’il fallait équilibrer l’effort, en demandant plus à ceux qui avaient plus.

C’est là qu’est survenue cette affaire de taxation des plus values imposées en cas de vente d’une entreprise, elles devaient passer de trente quatre et demi pour cent, à soixante trois et demi pour cent. Les entrepreneurs concernés, jeunes pour la plupart, mais soutenus par l’ensemble du patronat, et par la droite chauffée à blanc, ont lancé un appel dont le succès a fait reculer le gouvernement en quarante huit heures.

Il en ressort l’image suivante. Nous sommes en crise, les plans sociaux se succèdent, des salariés vont grossir les rangs de trois millions de chômeurs, la pauvreté se répand, la dernière vente d’Emmaüs a rencontré un succès symptomatique, et le premier malaise social qui secoue le gouvernement, et devant lequel il recule, concerne quarante mille personnes qui risquaient de ne pas gagner assez d’argent.

Bien-sûr, et comme toujours dans ce genre de bourrasque, la réalité est plus nuancée. Le problème posé par « les pigeons » est réel, ils ne sont pas des rentiers mais des créateurs de richesses, donc d’emploi, mais en prenant une mesure tellement mal évaluée qu’il a fallu la retirer, et la retirer sous la pression, le gouvernement parait donner raison à la droite qui crie au scandale sur l’ensemble du budget, et au patronat, tout le patronat, y compris le plus grand, (vous savez, l’ennemi de la finance) qui profite naturellement de l’aspiration pour se plaindre à son tour.

Ou bien le gouvernement s’est avancé trop vite, ou bien il a reculé trop tôt, en tout cas il s’est fragilisé au moment où la panne de croissance, et la politique de désendettement impose au contraire qu’il consolide ses positions. Encore une ou deux fautes de cette envergure, et la crise économique tournera à la crise politique.

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