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Budget : le supplice de la goutte d'eau

2 min

La saison des rustines est ouverte. A défaut d’avoir osé la grande réforme fiscale promise pendant sa campagne, et que lui conseillait Thomas Piketty, François Hollande s’est condamné au coup par coup, ou plutôt au trou par trou, pour trouver les quinze milliards d’économies programmés dans son budget.

Débat sur le diésel avec les Verts, nouvelles taxes sur les boissons énergisantes, sur l’aspartam ou sur la cigarette électronique annoncées hier par le Parisien et démenties dans la journée, le message gouvernemental sur la « stabilisation fiscale » est brouillé par des annonces et des rumeurs.

Il y aura les hausses annoncées, la TVA, la fiscalisation des aides pour les complémentaires santé, la baisse des allocations aux parents d’enfants scolarisés dans le secondaire ou le supérieur.

Mais il y aura surtout cet énorme trou noir intitulé « Réductions des dépenses publiques ». A priori un chapitre indolore, un tour de vis qui ne concernerait pas les ménages, un dégraissage au sommet, dans un accès de vertu budgétaire. l’Etat central et les collectivités locales en seront pour neuf milliards et la Sécurité sociale pour six milliards.

Il y a juste un détail…

Un détail que l’abondante littérature diffusée par les procureurs des gaspillages publics, le magazine le Point par exemple, ne permet pas de mesurer.

Car à lire ces réquisitoires, ce qu’on appelle « le train de vie de l’Etat » ce serait les dépenses de prestige, les voitures de fonction, les fonctionnaires qui doublonneraient, les profs qui n’enseigneraient pas, les permanents syndicaux, etc. Bref les gaspillages et à la gabegie.

C’est hélas plus compliqué. Les écuries d’Augias, même dénoncées à juste titre, ne pèsent pas quinze milliards. Une bonne part de cet argent est en fait reversée aux français sous les formes les plus diverses, allocations, crédits d’impôts, aide aux personnes âgées, RSA, logement, bourses, garde d’enfants, remboursements de frais de santé, la liste est infinie.

Ces quinze milliards abstraits dont est sensé se priver l’Etat, sont en fait de l’argent très concrets, qui manquera dans la poche des Français. La ceinture que serre l’Etat c’est la notre, parce que l’Etat n’est pas un corps étranger, l’Etat c’est nous…

La vérité dans cette affaire de budget, c’est qu’il y a les impôts, c’est à dire l’argent qu’il faut sortir, et qui fait un trou en aval, et il y a la réduction des dépenses de l’Etat c’est à dire l’argent qu’on recevra moins, et qui fera un trou en amont.

Des trous pour les ménages et des rustines au sommet, voilà le schéma des prochains mois, et des prochaines années. Pour éviter l’épreuve d’une grande réforme fiscale, qui aurait fait mal mais qui aurait donné du sens, François Hollande a préféré temporiser. Il risque d’en payer les conséquences jusqu’au bout de son mandat, en gérant le pire des tourments : le supplice de la goutte d’eau.

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