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Cachez ce FN que je ne saurais voir, par Frédéric Métézeau

2 min

La direction de Sciences Po Paris a annulé récemment un débat organisé par une association étudiante et consacré à "l'Europe de demain" où des représentants de plusieurs partis étaient invités à s'exprimer. Mais la députée EELV Danielle Auroi a refusé de débattre avec un représentant du Front National et le colloque a donc été purement et simplement supprimé. Se repose alors la question qui agite régulièrement nos rédactions et qui fait réagir nos auditeurs : faut-il montrer le FN ? Faut-il en parler ? Faut-il le laisser parler ? Et comment ? Précisons que ceux qui appellent à cacher ce "FN que l'on ne saurait voir" ne sont pas des tartuffes, ils sont écoeurés par les idées d'extrême-droite tellement vivaces que plusieurs ralliés venus de la droite et de la gauche repartent en courant de leur nouveau parti, et ils pensent qu'il vaut mieux organiser un cordon sanitaire autour du FN. Ce sont là de vraies convictions, bien éloignées des tartufferies de François Mitterrand qui, en 1982, avait demandé à la télévision publique de recevoir un Jean-Marie Le Pen encore groupusculaire pour le mettre dans les pattes de la droite républicaine. Mais aujourd'hui, le FN est au parlement, il pèse de 10 à 50% des voix selon les villes et selon les élections. Ne pas lui donner la parole le renforcerait dans sa posture de victime, cela empêcherait de mettre ses représentants face à leurs responsabilités et leurs contradictions et le citoyen tenté par le FN s'informerait via les sites et les réseaux sociaux où – s'il le souhaite – il échapperait à toute contradiction. D'ailleurs, la responsabilité des journalistes, des animateurs de colloques, des contradicteurs, des débatteurs est immense : à condition de poser les bonnes questions et de savoir à qui et à quoi ils ont affaire, ils peuvent être des "révélateurs" qui mettent le FN face à ses impasses idéologiques et programmatiques… A cet égard, du point de vue du FN, il n'y a pas meilleur opposant qu'un opposant qui tombe à côté de la plaque, ça a été le cas mercredi soir au meeting anti-raciste des partis de gauche à la Mutualité à Paris puisque Jean-Vincent Placé et Manuel Valls ont réussi à s'écharper sur Léonarda et qu'un élu Vert a voulu plaider la cause de Dominique Voynet à Montreuil... De la même façon que la prohibition n'a jamais empêché l'alcoolisme et que la peine de mort n'a jamais prévenu le crime, la mise en quarantaine médiatique du FN serait contre-productive. Ce n'est pas en se bouchant le nez que l'on rend l'air moins irrespirable.

Frédéric Métézeau

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