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Cachez cette rigueur que je ne saurais voir

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Les baisses d’impôt c’est fini, nous dit Henri Guaino dans le journal Le Monde daté de ce vendredi. C’est clair et net. C’est une annonce de décideur. Cette phrase carrée n’a qu’un inconvénient, elle date d’une autre époque. Les baisses d’impôts ce n’est pas fini, ce sont les hausses qui continuent. Les baisses, elles sont finies depuis deux ans.

En 2009, après la loi TEPA, ses heures supp et son bouclier fiscal, et à la suite du plan de relance, les prélèvements obligatoires étaient passés de 42,8 à 40 virgule 7. En 2010 ils sont remontés à 41,3, en 2011 ils augmenteront mécaniquement.

Dans le même article, le conseiller du Président précise que le plan Fillon n’est pas un plan de rigueur , mais un ajustement . Il reprend là les éléments de langage que Nicolas Sarkozy répète à tous ses visiteurs, ainsi qu’aux députés UMP qu’il a reçus avant hier. Ce n’est pas de la rigueur , c’est une gestion rigoureuse , nuance. Autrement dit ce n’est pas le temps des vaches maigres, c’est celui du régime sec. Et si le ciel est couvert, ce n’est pas qu’il va pleuvoir, c’est que de l’eau va tomber.

Même le diagnostic est présenté selon cette méthode de l’antiphrase. Pourquoi sommes nous contraints à un « plan d’ajustement » ? Est-ce pour tenir compte de la chute de la croissance ? Non, explique Henri Guaino, c’est pour répondre à la baisse des perspectives de croissance. Ne dites pas que la croissance baissera, cela ferait mauvais effet, dites que c’est à cause des perspectives , c’est la même chose mais c’est moins grave, un peu comme à l’époque où madame Lagarde expliquait que le chômage était sur la bonne pente, dans la mesure où son accélération se mettait à décélérer.

Cachez ce sein que je ne saurais voir, la posture est classique quand les pouvoirs sont dans l’impasse. 2011 fait penser à 1983, quand François Mitterrand prit un virage en épingle à cheveu tout en soutenant qu’il conservait son cap. On se souvient aussi de 1995 quand la fracture sociale se fractura dans le trou de la sécurité sociale et des régimes de retraite, déjà…

Dans tous les cas, il y a des discours de campagne ont promis la lune, le public qui s’est retrouvé par terre, et faute d’avoir changé le monde, les gouvernants se changent le vocabulaire. Un échec devient un enseignement, un impôt une contribution, la rigueur un ajustement, le pain sec un investissement, et le retour de flamme des promesses inapplicables, une lumière à l’horizon.

C’est comme le vote de la fameuse règle d’or par le congrès : pourquoi croyez-vous qu’il soit repoussé à plus tard ?

Parce que c’est une priorité !

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