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Cahuzac et Mediapart : la preuve

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Donc Mediapart ne délirait pas et a porté à la connaissance du public, dans le scepticisme et parfois les railleries, des éléments assez solides pour que la justice enquête. Dans une affaire aux conséquences politiques majeures, cette dimension journalistique n’est pas secondaire. Elle vient rappeler que dans une démocratie le rôle, essentiel, de la presse n’est pas de caresser mais de gratter, quitte à donner des eczémas.

Entre Cahuzac et Mediapart c’était une forme de lutte à mort. Mort politique possible pour le premier, nous verrons bien, mort économique pour le second, dont les abonnés présents et futurs auraient mal supporté que ce média précurseur, le premier journal payant sur Internet, ait confondu enquête et délation alors qu’il est entièrement bâti sur l’investigation, donc sur la justesse des faits.

Les faits dont on parle ce matin sont assez solides pour que la justice prenne en quelque sorte le relai officiel, un relai qui s’entend jusque dans les mots : elle ouvre une « information ».

Une « information », ce mot sonne comme une reconnaissance, presque une consécration, dans une controverse qui consistait à savoir si les révélations du journal en ligne étaient fondées sur des réalités, ou sur des affabulations. Etait-ce une « information » ou un délire accusatoire ? La justice vient de dire « information » ce qui provoque la démission d’un ministre important, ce qui donne la langue lourde à certain commentateur en vue qui se pinçait le nez sur son Canal, et, accessoirement, ce qui permet à Mediapart d’aller sur tous les plateaux, chez les sceptiques de la veille, sur le mode « je vous l’avais bien dit ».

Bien sûr, une information judiciaire n’est pas une mise en examen, et une mise en examen ne prouve pas la culpabilité. Comme dit Libération, « il appartient aux juges et non pas aux justiciers de dire si oui ou non l’ancien ministre a bénéficié d’un compte occulte en Suisse ».

Certes, mais si la presse devait attendre que la justice condamne pour faire des révélations, elle ne serait pas la presse mais le Journal officiel. Donc la presse, en révélant des faits avant qu’ils ne soient jugés, malmène forcément quelque part le principe de présomption d’innocence. Exemple le plus fameux, quand le Washington Post révèle la fameuse affaire du Watergate, Nixon n’est pas encore coupable.

C’est une grave responsabilité, mais c’est ça ou rien. Ca ne peut pas être autrement. Vouloir, au nom de considérations diverses, comme la bienséance, la qualité morale des sources, les calculs politiques, et même la présomption d’innocence, que la presse n’ait pas droit à la parole tant que la justice n’a pas eu le dernier mot, cela revient à décider que la presse n’existe plus.

Il se trouve que par bonheur, pour le meilleur et pour le pire, elle peut exister en France. La preuve…

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