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Charlie a le droit, nom de Dieu !

2 min

Même si aucun lien explicite n’a été exprimé entre les dernières revendications du groupe Al Quaïda au Maghreb et l’affaire Charlie Hebdo, les nouvelles menaces sur les otages français jettent une lumière dramatique sur un certain climat. Une tension qui transforme une affaire dérisoire, la publication de caricatures par un journal, en onde de choc mondiale.

Le porte-parole de la Maison Blanche a commenté les faits, hier, et la France à fermé provisoirement des ambassades et des écoles.

La rédaction de Charlie avait-elle le droit d’en rajouter, après la colère provoquée dans un certain monde musulman, par la mise en ligne d’un navet nullissime dont la crétinerie dépasse assurément la portée politique ?

La réponse ne fait pas de doute. Oui, Charlie avait le droit, comme ceux qui se sentent insultés par Charlie ont le droit de saisir la justice. Parce que la presse publie ce qu’elle veut, et qu’aucun article de loi n’interdit de représenter le prophète des musulmans, de faire siffloter Jésus sur sa croix dans la célèbre vie de Bryan, et qu’il n’est pas question de fermer le débat sur le mariage homosexuel au motif qu’il troublerait l’église et le Cardinal de Lyon.

En France le ciel ne commande pas la terre, qu’on se le dise une fois pour toutes, et ceux qui se prennent pour les porte-parole de Dieu sont priés d’exercer leur ambassade devant le miroir de leur salle de bain.

Ce qui doit choquer en premier lieu dans une république laïque, et qui doit indigner, ce n’est pas que des caricaturistes fassent des caricatures, c’est que des mouvements liberticides pratiquent l’assassinat parce que leur Dieu serait défrisé.

Voilà pour les principes. Ils sont plus facile à énoncer qu’à appliquer. Car que dire aux familles des otages ? Et que répondre aux millions de gens pacifiques qui peuvent se sentir blessés, dans leur foi, donc dans leur intimité ? Une fois posées les limites, il en est une qui ne peut pas être tracée comme un point de pénalty. Elle est mouvante. Elle dépend du dialogue, et donc des interlocuteurs. Où commence le respect des croyances, et où s’achève la dictature des susceptibilités religieuses ?

Ce problème, posé de façon criante par l’affaire Charlie Hebdo, se vit aussi dans des milliers de classes de France, de façon moins médiatique, mais tout aussi aigüe.

Par exemple, comment enseigner les religions dans les écoles de la république, sans froisser les élèves qui ne les considèrent pas comme des faits historiques, mais comme des vérités sacrées, qu’on ne décrit pas, mais qu’on adore.

Cette mission délicate, voire impossible, des professeurs doivent l’assumer chaque jour, et pas seulement dans les quartiers difficiles. Charlie ne leur facilite pas la tâche, et c’est en cela, que son initiative, minimale sur le plan des principes, est maximale sur le plan politique.

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