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Chômage : la mine longue des experts qui savaient tout

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« A la question de savoir si le gouvernement atteindra son objectif d’inverser la courbe du chômage avant la fin 2013, douze économistes répondent non, et un treizième ne se prononce pas ». C’est ce qu’on pouvait lire dans la presse économique, en décembre 2012. Autant dire que les experts avaient la mine défaite, hier soir, quand ils relativisaient les statistiques du chômage, car l’an dernier ils ne relativisaient pas. Ils fusillaient.

Dans l’absolu ces chiffres ne sont pas mirobolants. Cette baisse de un et demi pour cent ne doit pas cacher la montée en charge des emplois aidés, la hausse des radiations, ni le grand nombre de non inscription.

Mais les emplois aidés ne sont pas une nouveauté, le précédant gouvernement en avait institué autant que celui d’aujourd’hui, et le chômage s’était aggravé, et la politique de radiation est toujours mise en avant par les oppositions quand une bonne statistique fait l’affaire du pouvoir.

En fait il n’y a pas de miracle, mais il y a un contraste, et ce contraste est un succès pour le Président de la République. Contraste entre l’enfer que promettaient la plupart des spécialistes, et, au pire, le purgatoire dans lequel se trouve la France.

Ils rigolaient en douce, ils se demandaient si François Hollande n’avait pas, carrément, pété un câble en promettant, en septembre 2012 cette inversion de la courbe du chômage, car il est admis qu’un politique ne doit jamais s’engager sur une promesse chiffrée, et datée, c’est trop précis, c’est trop dangereux.

« Pari risqué » avait d’ailleurs noté Jean-Claude Mailly, « Scénario rose » avait lancé Bruxelles, « Promesse impossible », avait titré le journal Le Monde, « Politique de l’emploi désastreuse » avait asséné Jean-Louis Borloo, « gouvernement qui s’entête à mettre œuvre des solutions d’un autre âge » avait jugé Jean-François Copé, et un journaliste allemand avaient même demandé au chef de l’Etat : « Croyez-vous vous-même à ce que vous racontez ? »

Il y avait donc des haussements d’épaule, des soupirs apitoyés, quelquefois du mépris chez les autorités économiques, sûres d’elles-mêmes et de leurs prévisions, Commission européenne, OCDE, FMI, Dirigeants de l’opposition qui se frottaient les mains d’avance.

Du coup Hollande a changé de statut. Il était nul, et on voilà qu’on l’accuse d’être habile, il était rantanplan et le voilà manipulateur, un économiste agacé le présentait même hier comme un émule de Machiavel et de Mitterrand.

Ces chiffres, même fragiles, étaient un pari si déraisonnable qu’ils confèrent un soupçon de raison à celui qui les a lancés.

Reste à savoir si ce Président finalement assez constant sur le long terme mais tellement déroutant au jour le jour, va gaspiller une fois encore ses atouts, dans un couac, dans une annonce bancale, dans une demie mesure, ou s’il va profiter de l’effet reprise pour se donner un peu crédit...

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