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Chronique d'une victoire annoncée

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Quelque part la victoire de Patrick Menucci à la primaire socialiste de Marseille est une preuve supplémentaire de l'incompréhension séculaire entre Paris et la cité phocéenne. De bout en bout, la presse parisienne y a vu une parabole nationale en sur-interprétant la victoire de Samia Ghali au premier tour, alors que cette sortie en tête annonçait la victoire mécanique, et locale, de Patrick Menucci Il était clair, vu de Marseille, que le beau score de la bouillante sénatrice était d'abord et avant tout le chant du cygne de Jean-Noël Guerini, le patron du Conseil Général. Naturellement la défaite de la ministre Carlotti donnait un certain piquant national à ce premier tour, naturellement les origines de Mme Ghali, et son implantation dans les quartiers nord à forte concentration de français d'origine maghrébine, pouvaient en faire un emblème, mais les fragilités de la ministre et les atouts communautaires de la sénatrice s'inscrivaient en fait dans ce qui devient une tradition dans les primaires socialistes. Les candidats officiels y sont souvent blackboulés. Souvenez-vous : En 2006 Ségolène Royal avait humilié Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius, et en 2011 l'improbable revenant François Hollande avait damé la pion à la patronne en titre, Martine Aubry. Même effet "je renverse la table", au premier tour de la primaire à Marseille, mais dans des proportions limitées par un autre effet, un effet local celui-là, dont la dimension n'a pas été assez relevée. La table renversée était d’abord marseillaise.

Jusqu'à présent la fédération socialistes des Bouches du Rhône était tenue par celui qu'on nommait le "tout-puissant" président du Conseil général, plusieurs fois mis en examen, suspendu du PS mais toujours pas exclu, et toujours soutenu par les élus socialistes à l'assemblée départementale. La primaire, en ouvrant le vote aux sympathisants, et non plus aux seuls encartés a fait exploser ce système qui remonte en fait à Gaston Defferre. Tous les candidats sauf une se sont démarqués de Jean-Noël Guerini, ce qui n'était pas concevable à l'époque du scrutin fermé, et c'est Patrick Menucci, le plus virulent de tous, qui a gagné dimanche. Ce vote est donc une révolution à Marseille, et comme les mœurs de la seconde ville de France ont une réputation qui dépasse son périmètre, c'est cet événement de portée nationale qui aurait pu faire la une. Mais non, il n'est question ce matin que des sifflets que Samia Ghali a déclenché contre François Hollande et Jean-Marc Ayrault. Comme s'il fallait absolument que l'élection primaire de Marseille soit un sondage pour le pouvoir central. Comme si le Président et son Premier Ministre, au sortir du désastreux épilogue de l'affaire Leonarda, n'étaient pas déjà au quatrième sous-sol et avaient besoin d'une égratignure phocéenne, pour obtenir l’oscar de l’éclopé de la semaine, et du prochain printemps.

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