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Chypre (suite) : la défausse de l'Union européenne

3 min

Ouf : l’Union Européenne est intervenue dans la crise chypriote pour demander à Nicosie de ne plus taxer les comptes en banque en dessous de 100 000 euros, mesure sensée ramener le calme. Détail : L’Union Européenne fait partie de la Troïka, c’est donc elle-même qui avait expressément demandé à Nicosie de taxer tous les comptes en banque. Ainsi l’Union Européenne a demandé lundi à Nicosie de ne pas faire ce que l’Union Européenne a exigé samedi de Nicosie.

Cet épisode révèle en fait l’une des causes du malaise que suscite le fonctionnement de l’Union.

Premier constat. Une décision a été prise en fin de semaine dernière. Qui l’a prise, comment a-t-elle été préparée, quand l’a-t-on envisagée, qui était prévenu, selon quelle procédure, et avec l’avis de qui ? Personne n’en sait officiellement rien. Cette mesure a surgi derrière un nom de code : « Troïka ».

Deuxième constat, cette opacité intégrale permet de prendre les commandes, mais aussi de lâcher le volant, et de s’en laver les mains. Quand l’affaire tourne mal, cette responsabilité exercée dans la plus complète opacité permet aussi aux Etats de s’adonner à leur sport favori : se défausser au nom de l’Europe, voire en accusant l’Europe. Ainsi, devant l’onde de choc provoqué par la taxation des comptes, l’Allemagne a estimé que « l’art et la manière de parvenir à l’application du plan de sauvetage (était) l’affaires des Chypriotes », bien que ce soit elle, et d’abord elle qui ait imposé l’avant-veille le principe de cette taxe intégrale.

Ce qui en dit également long sur l’attitude de la France. Officiellement elle est tombée des nues. Elle soutenait le plan, mais elle n’était pas d’accord avec cette taxation, c’est Pierre Moscovici qui a vendu la mèche, en précisant qu’il avait défendu cette position médiane devant l’Eurogroupe, mais qu’il avait du faire face à des positions beaucoup plus dures, entendez celle de l’Allemagne.

Pourquoi a-t-il donc mis son drapeau dans la poche ? Pour ne pas ouvrir de brèche avec son grand partenaire. Ainsi la crainte d’exprimer un désaccord, voire de déclencher des remous diplomatiques avec Berlin, a-t-elle conduit la France à avaler son chapeau et à participer à l’ouverture d’une crise encore plus grande.

Au moment où une élection partielle, complétée par des sondages calamiteux, souligne en France un problème majeur rencontré pour le pouvoir, au moment où l’on presse le Président de fixer le cap, les virevoltes de la France dans l’épisode chypriote sont un symptôme de plus, qui vaut aussi pour la politique intérieure.

Le problème d’autorité qu’on reproche au Président, jusque dans les rangs socialistes, vient peut-être de cette manière d’avancer en crabe sur à peu près toutes les questions. Par crainte de provoquer des tensions la synthèse façon Hollande en crée d’encore plus grandes, qui conduisent à la crampe, voire à la paralysie…

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