LE DIRECT

Conférence sociale : le partage des béquilles

2 min

Avec sa conférence sociale, François Hollande tient un étrange atout. Etrange car il n’y a plus un sou à répartir, des sous il faut au contraire en trouver.

Donc le Premier Ministre va réunir pendant deux jours tout ce que le pays compte de « partenaires sociaux », des syndicats et des patrons, dans le but de refaire le monde, avec le risque inhérent à ce genre d’activité. En parler jusqu’à plus soif, comme au comptoir d’un bar, puis rentrer à la maison, la tête pleine de phrases, mais les poches vides, et revenir dans les entreprises comme si rien ne s’était passé.

Les salariés réclament de meilleurs salaires, ils ne les auront sans doute pas, les chômeurs espèrent du travail, les Français n’y croient guère, les entreprises revendiquent une baisse du coût du travail, elles auront des hausses d’impôt.

Vu sous cet angle la conférence sociale ressemble donc à une parade d’avant 14 juillet, une espèce de défilé des troupes sociales, destiné à distraire les Français faute de pouvoir gagner la guerre.

Et pourtant Hollande, qui ouvre la conférence (surtout ne dites pas « sommet » ça ferait ancien régime), et Jean-Marc Ayrault qui l’animera de bout en bout, disposent d’un atout maître. Autant ils manquent de marges sur le plan économique, autant ils ont de l’espace dans le domaine essentiel du dialogue social. Ils ont la place pour inventer une pratique qui changerait radicalement le climat des relations entre les salariés et les patrons français.

Pourquoi ? Parce que le fruit est mûr, et qu’il est mûr des deux côtés de la table.

La France, à l’opposé de l’Allemagne, se caractérise par une culture du blocage et du conflit. Ce qu’on appelle le dialogue social ne s’engage que sur un rapport de force. Pour se faire entendre on ne parle pas avec la bouche mais avec le muscle, et avec l’image, mieux vaut avoir une trente cinq tonnes qui bloque un carrefour, si possible à la télé, qu’une revendication raisonnable et mesurée dans une petite entreprise. L’histoire sociale française est ainsi faite de conquêtes, gagnées après des luttes, ou de contre conquêtes, appelées réformes. Le principe n’est pas le compromis, c’est la lutte finale, y compris côté patrons.

Il se trouve que ça ne marche plus.

Côté syndicat le pouvoir du préavis de grève et de la manifestation est devenu hasardeux. Mais côté patronal, et côté pouvoir politique, l’idée d’abuser de cette faiblesse s’est payée cash aux élections. La volonté déclarée de Nicolas Sarkozy, associé jusqu’à la caricature à Laurence Parisot, était d’en finir avec les corps intermédiaires, c’est à dire de se passer, entre autres, des syndicats. Or le premier a quitté l’Elysée, et la seconde n’en finit pas de se dédouaner.

Il n’y a donc que des perdants à la conférence sociale, et c’est nouveau. Avec un peu de chance et d’habileté de la part du gouvernement, les éclopés seront d’accord pour partager les béquilles.

L'équipe
Production
Journaliste
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......