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Cumul : les deux yeux pour pleurer

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Officiellement le projet de loi sur la fin du cumul des mandats n’est pas enterré. Il sera même présenté avant la fin mars en conseil des ministres a précisé Alain Vidalies le ministre chargé des relations avec le parlement. Mais on ne sait toujours pas s’il sera appliqué tout de suite, ou aux calendes grecques, qui ressemblent en politique au cimetière des renoncements.

Contrairement à la loi sur le droit de vote des étrangers aux élections locales qui dépend d’une réforme constitutionnelle, donc du bon vouloir d’une partie des parlementaires de droite, la question du cumul peut être décidée par la seule majorité, et c’est là que le bât blesse, car elle est divisée.

Divisée n’est pas le mot. La majorité socialiste est plutôt fort-chabrolisée. Composée en bonne partie de députés-maires, ou députés et Président de région ou de départements, donc de cumulards, elle refuse de renoncer à l’un ou l’autre des mandats.

Les arguments sont multiples, le principal étant qu’un élu local sans dimension nationale serait un émetteur sans antenne, sans force et sans puissance, et qu’un élu national sans mandat local serait un arbre sans racine, détaché des contingences et des réalités.

Les partisans du non cumul expliquent au contraire que la répartition des rôles, en donnant un seul mandat à un homme ou à une femme, multiplierait les forces au lieu de les concentrer dans un seul grand notable, car être maire, président de département ou de région, ou député, ou ministre, serait un travail à temps plein.

Comme il faut trancher, c’est à dire décevoir les déçus de l’arbitrage, François Hollande hésite, et il est tenté, comme d’habitude, de faire la synthèse en donnant raison à tout le monde. Voter la loi, mais l’appliquer plus tard.

Pour justifier ce renvoi, un argument imparable est apparu ces dernières semaines : si l’interdiction du non cumul s’appliquait immédiatement, elle correspondrait à une sorte de dissolution périlleuse de l’assemblée nationale, car de nombreux de députés seraient contraints de démissionner s’ils choisissaient le mandat local.

Voilà pourquoi la loi serait applicable en 2016, ou en début 2017. Comme si le même effet de dissolution, à quelques mois des présidentielles, ne déclencherait pas un souffle encore plus spectaculaire !

La vérité, en politique, c’est que lorsqu’un projet est reporté au nom du mauvais moment, il ne trouve jamais le bon.

Mais l’autre vérité c’est que les vérités d’un jour peuvent s’effondrer le lendemain. Les socialistes ont un dilemme entre leurs mairies, leurs présidences, et leurs sièges au parlement parce qu’ils disposent de ces pouvoirs, ça pourrait s’arranger.

Les prochaines municipales, cantonales, régionales, élections européennes, seront très difficiles pour eux. Il se pourrait qu’au soir des résultats les cumulards n’aient plus rien à cumuler, sauf leurs deux yeux pour pleurer…

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