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Depardieu : les riches ont trouvé leur Coluche

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Décidément Gérard Depardieu est devenu un fer de lance politique. Pour le troisième jour consécutif le journal le Figaro met son portrait à la une. Il est l’emblème d’une nouvelle figure, celle du persécuté fiscal contraint de s’exiler pour préserver son minimum vital.

Hier matin, sur France Culture, dans sa chronique les Idées Claires, Philippe Manière se faisait d’ailleurs l’écho tranchant, et comme toujours talentueux, de ce symbole des années de crise. Il parlait de « Folie fiscale », de « débauche de taxes qui s’ajoutent les unes aux autres » de « niveau de pression fiscale insupportables imposé aux plus riches ».

Ce point de vue n’est pas nouveau, mais ce qui frappe c’est qu’il a franchi un cran. Le gros contribuable ne serait plus seulement accablé par ce qu’il paye trop, il serait contraint à l’expatriation, comme un immigré de Lampeduza, parce qu’il deviendrait pauvre. Parce que, comme vient de l’écrire un économiste de la Fondapol, le « riche » serait devenu un propriétaire contraint de vendre chaque année quelques mètres carrés de son appartement pour régler la note au percepteur ». L’image est forte. Cet homme ou cette femme-là serait en voie d’être expulsée de son logement. Encore deux ou trois ans et il serait SDF.

Nous en serions arrivés à un point où le riche, aujourd’hui incarné par l’emblème Depardieu, ne préserverait plus son magot comme jadis Johnny Halliday en le planquant en Suisse, mais serait en voie de marginalisation.

Bon… En dépit de cette politique confiscatoire « confiscatoire » est un mot à la mode ces temps ci, et bien qu’il ait payé, dit-il, 145 millions d’euros depuis quarante ans, soit un milliard de francs à l’état, l’acteur aurait réussi à préserver quelques miettes, comme cette chaumière de cinquante millions d’euros en plein cœur de Paris, mais où va-t-on avec cinquante millions d’euros ?

Il n’y a pas de doute. Dans la façon dont le débat sur la fiscalité, d’ailleurs légitime, est aujourd’hui posé, un cran a été franchi. Les exilés fiscaux seraient victimes, je cite, d’une sémantique castratrice, digne de Bucarest et Varsovie aux plus beaux jours de l’union soviétique.

Donc, en plus d’être spolié, le « riche », incarné cette semaine par Gérard Depardieu serait en fait un Soljenitsyne, un Andreï Sakharov, une Helena Bonner, bref un dissident, un résistant de la liberté.

C’est ce qui saute aux yeux cette semaine : l’opposition entre les pauvres et les riches n’auraient plus aucun sens. Le riche serait un nouveau pauvre, il ne mangerait plus que des nouilles, et encore. Il ne provoquerait plus l’envie ni la jalousie, mais une immense pitié. Il serait une victime réduite aux restaus du cœur pour son prochain repas, avec Gérard Depardieu dans le rôle de Coluche.

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