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Droite en furie, gauche évasive

3 min

C’est une tribune intitulée « Pourquoi François Hollande est une imposture ». Elle est pleine d’adjectif, qui sont autant de jugements de valeur à propos des socialistes : « Immobile, inaudible, arrogants, menteurs, tricheurs, méprisant, vocifèrent, autiste, anachronique, populiste, amateur, fade, triste…

Une tribune riche en noms communs accablants et en formules accusatoires : colporteur d’une politique du vide, hésitations, peurs, renoncements, bourgeois de la politique, bedaines effacées, esprits de clan, esprit de mollesse, guimauve envahissante, pouvoir sucré qu’on ne doit pas subir, renonciation, trahison, collaboration, équipe qui frise l’imposture, ruses, mimiques, prétention…

Une tribune qui s’impatiente : « faut-il attendre cinq ans », « cela ne peut plus durer »… Cette tribune est signée Nathalie Kosciusko-Morizet, qui fait figure de modérée à droite, avec ce commentaire : « Quelle image de la politique, quelle image de la France ! ». Effectivement…

Cette tribune fait écho aux adjectifs et noms communs répétés par Jean-François Copé, et parfois François Fillon, sur chaque dossier, chaque projet : « folie, « démence », hausse « forcenée » des impôts. Dans trois semaines ils réclament l’internement…

Ce sens de la nuance s’explique naturellement par les surenchères de la compétition interne à l’UMP, qui opposent deux finalistes, mais aussi des candidats potentiels à la primaire de 2016. Il s’explique également par une série de sondages auprès des militants. Ils souhaitent que leurs représentants « tapent ». Donc « ils tapent », et nous renvoie trente ans en arrière, quand les chars soviétiques menaçaient la Concorde. Même ton pastel, et même procès en légitimité. La gauche ne peut pas accéder au pouvoir, et l’exercer, elle le vole et l’avilit.

Le parti socialiste pourra toujours dénoncer une charge violente et outrageante, comme dit François Rebsamen, l’indignation ne suffira pourtant pas. Elle n’effacera pas les questions en suspens. Oui, la droite frappe avec un gros bâton, mais ce bâton, qui le lui a donné ?

En parlant haut, puis en avançant par demies mesures, ou mesures qu’on reprend, ou qu’on renvoie, ou qu’on accommode, ou qu’on refuse puis qu’on accepte, le gouvernement, confronté à une crise extraordinaire, n’a-t-il pas fini par donner le sentiment d’écoper sans savoir où il va ?

Ses adversaires parlent très haut, avec une science tellement infuse qu’on se demande qui gouvernait depuis dix ans, sans trouver la solution, mais lui, quel discours impose-t-il en retour, est-il très dur ou insaisissable, décidé ou hésitant, précis ou approximatif ?

Le président et le gouvernement réclament la durée, et c’est normal. Mais leur manière de demander du temps, n’a-t-il pas, en quelques mois, créé plus d’impatience que de confiance ? Interrogés par des batteries de sondages les français ne disent pas que le lien est rompu, mais ils confirment qu’ils se posent toutes questions, et que la réponse est urgente…

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