LE DIRECT

Et maintenant, l'Anglophobie !

2 min

Il y a trois semaines la controverse portait sur la Germanophobie. Vieille querelle qui agitait trois guerres, Bismarck, le Keiser et même le Führer.

B. Obama, A. Merkel et D. Cameron, G8, 25 mai 2011
B. Obama, A. Merkel et D. Cameron, G8, 25 mai 2011

Cette semaine la question qui sent la poudre est celle de l’Anglophobie. Avec un peu de chance on va brandir la perfide Albion et remonter jusqu’à Jeanne d’Arc et à la guerre de cent ans.

Dans les deux cas c’est la crise européenne qui met les nerfs à vif. Avec l’Allemagne Arnaud Montebourg avait allumé la mèche. Avec la Grande-Bretagne c’est François Baroin et François Fillon qui ont ouvert les hostilités en soutenant que l’économie britannique ne méritait pas son triple A.

Mine de rien, ces anecdotes touchent à deux domaines sensibles : la nature de l’Europe, et la souveraineté des états qui la composent.

La question qui se cache derrière la relation franco-allemande est en effet celle des droits et des devoirs à l’intérieur d’une fédération. Les uns (L’Allemagne) auraient les droits, et dicteraient leurs exigences, tandis que les autres (la France) n’auraient que des devoirs, et seraient contraints d’obéir. Cette Europe là ne serait ni partenariale ni protectrice, elle serait oppressive.

Avec la Grande Bretagne accusée d’avoir de meilleures notes pour de moins bonnes performences, la critique est inverse. On ne reproche pas aux anglais de vouloir diriger, mais de n’en faire qu’à leur tête, et pire encore, de tirer bénéfice de cette politique de bande à part.

Dans le premier cas, un pays, l’Allemagne, est accusé d’imposer ses diktats à des partenaires, dans le second cas la Grande Bretagne ferait ce que bon lui semble, conserverait sa monnaie, et ne s’en porterait pas plus mal.

Il y a là un double dépit, qui conduit au même malaise. Un Eurosceptisme qui se traduit par la montée d’une idée désormais ouvertement assumée. Celle du protectionnisme, plus ou moins européen. Quand Arnaud Montebourg a parlé de ce protectionnisme pendant la primaire socialiste, il a fait sensation, mais deux mois plus tard, Laurent Wauquiez, ministre de la recherche, reprend tranquillement cette idée d’un « protectionnisme européen qui accepte le bras de fer avec ses principaux rivaux, notamment les Etats-Unis et la Chine ». C’est du Montebourg dans le texte.

Quant à Henri Guaino, la plume de Nicolas Sarkozy, et souvent son porte parole, il a tout bonnement déclaré qu’il « faut entendre les attentes et les souffrances de la France du Non ».

Ainsi, derrière l’agacement devant l’Allemagne, et la critique de l’Angleterre, c’est le Non au fameux référendum de 2005 qui remonte à la surface. C’est ce Non que les candidats auraient le devoir d’écouter s’ils souhaitent être élus.

Ironie de l’histoire, les deux favoris de l’élection de 2012, Nicolas Sarkozy et François Hollande, ont fait campagne pour le oui.

L'équipe
Production
Journaliste
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......