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Et si on érigeait des monuments au patriotisme économique ?

2 min

Une expression fait fureur ces temps-ci. Celle de patriotisme économique. Une belle idée qui ne date pas du 6 mai dernier, mais des années 90, et qui est entrée dans le discours politique français en 2005, dans la bouche du Premier Ministre Dominique de Villepin, à la suite de rumeurs d’OPA hostile sur l’action Danone.

Cette expression a fait fortune. Avec la crise elle a hanté les tribunes des meetings. Patriotisme économique, ces mots ont été répétés par le nouveau Président dans sa campagne électorale, à propos de la taxation à 75%, et ils reviennent deux fois encore dans l’interview que donne au Monde le ministre du redressement productif, à propos de l’encadrement des salaires des grands patrons.

Les mots ayant un sens, il faut les prendre au sérieux. Les replacer dans leur contexte. Ce contexte évoque une guerre, et ces temps-ci la guerre est économique. Patriotisme veut dire attachement, et sacrifice. Sacrifice et impôt. En 14-18, être patriote voulait dire qu’on était prêt à l’impôt du sang.

Chaque village et chaque ville témoigne, avec son monument aux morts, du poids de cette fiscalité. Une hécatombe. Des millions de jeunes gens, des fournées familiales, et celui qui aurait songé à un exil fiscal, c’est à dire à déserter, à se planquer en Suisse, serait passé en conseil de guerre s’il était rattrapé.

Par bonheur, la patrie n’a plus infligé de malheur aussi total depuis longtemps. Le patriotisme contemporain consomme moins de chair à canon. Il est devenu économique, et il demande qu’on paye un peu, ou beaucoup de son argent.

Histoire de comparer, au nom de la patrie, l’ampleur des sacrifices exigés en 14-18, et les efforts demandés dans les prochaines années, il faudrait ériger d’autres monuments, à côté des premiers, afin de se recueillir.

Sur les monuments d’antan, on lirait toujours le nom des contribuables de la grande guerre. Ceux qui ont payé de leur vie. Sur les monuments des sacrifiés du patriotisme économique, on ferait figurer l’ampleur des privations acceptées par les nouveaux patriotes.

Là il y aurait un parachute, pas celui du débarquement de 44, mais le parachute en or dont on sera privé le PDG du groupe Safran

Ici on symboliserait la prime déjà versée que les actionnaires d’Air France ont refusé d’accorder à leur ancien PDG

Plus loin on représenterait le moteur du Yacht qu’on n’aurait pas pu changer.

Là-bas des boites de caviar, des guirlandes de cigares, des bouteilles à cinq mille euros, l’Ile d’Arros, ou les nuits dans au Crillon dont il aurait fallu se priver, comme à Verdun les poilus étaient privés de leurs familles.

Ce serait un très beau témoignage. Les monuments au patriotisme économique ! Devant eux les jeunes générations viendraient méditer, et ils diraient : « Mon dieu comme ils ont souffert ! ».

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