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Europe Ecologie choisit la realpolitik

2 min

Ceux qui croient qu’Europe Ecologie reste un parti immature se trompent. Il progresse. Il apprend. Bien-sûr, ses dirigeants ont menacé de démissionner la semaine dernière, comme d’habitude, avant de revenir, comme d’habitude, mais quelque chose a changé dans leur pratique. Ils ont compris l’usage du lampiste, et du fusible, en grillant Pascal Durand.

Pascal Durand est ce secrétaire national qui a lancé un ultimatum au Président de la République, samedi dernier, devant le conseil fédéral de son parti. Si dans six jours, avait-il dit, c'est-à-dire à l’ouverture de la conférence environnementale qui commence aujourd’hui, la transition énergétique n’entrait pas dans les faits Europe Ecologie romprait avec les socialistes.

Il n’avait pas été sifflé ce jour là. Il avait même été applaudi, et suivi. Le lendemain la très pondérée Barbara Pompili confirmait que « sans grandes orientations il serait compliqué pour son parti de rester au gouvernement ».

Dans la foulée le ministre Pascal Canfin faisait monter la pression sur le diésel en parlant d’urgence, au nom des quinze mille morts annuels que provoquerait ce carburant. On ne pouvait plus attendre. C’était pour ainsi dire une affaire de non assistance à français en danger.

Et là-dessus Noël Mamère promettait que si son parti ne mettait pas ses menaces à exécution il en démissionnerait.

La France tremblait.

Et puis… Et puis…

Et puis la colère collective est retombée, et la course d’indignation a laissé place à une compétition de pondération. Barbara Pompili a estimé « qu’on devrait éviter de faire des ultimatums », Pascal Canfin a « exclu de démissionner », et même Jean Vincent Placé, le chef de fil des écologistes au Sénat, qui adore pourtant jouer au grand méchant loup, s’est mué en agneau pour lâcher son ami Durand et qualifier son ultimatum de « Pas approprié, ni équilibré »…

Noël Mamère ayant perdu sa démission, sans doute un trou au fond de sa poche, Pascal Durand, très soutenu les premières heures, s’est donc retrouvé lâché dans la nature. Europe Ecologie, qui était monté collectivement au créneau a finalement joué le jeu de la realpolitik en sacrifiant son pion.

Au-delà de l’anecdote, cet aller et retour, samedi je griffe et vendredi je fais patte de velours, révèle un malaise, voire une fracture profonde, au sein d’Europe Ecologie. Alors que l’idée écologiste gagne du terrain dans toute la société, le parti ne décolle pas.

Majoritairement les militants soutiennent encore leurs ministres, mais ils sont de plus nombreux à ronger leur frein. Europe Ecologie est en fait divisé entre ses révolutionnaires, qui trouvent insupportable le retard de la « transition écologique », et ses « socio-démocrates », qui mettent en avant les petits pas, les progrès.

Dans deux mois, le congrès n’aura pas lieu à Tours mais il y fera beaucoup penser.

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