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Europe : la flamme des monuments aux morts ?

2 min

La guerre, la paix, la crise... Cérémonies du 8 mai, hier, qui parlaient de capitulation nazie, et aujourd’hui cérémonies du 9 mai à l’occasion de la journée de l’Europe, en mémoire de la déclaration de Robert Schuman, ministre français des affaires étrangères en 1950, pour la mise en commun des productions françaises et allemandes de charbon et d’acier. Soixante ans plus tard l’Europe a vingt-sept membres, un hymne, des institutions, une monnaie, et une immense crise d’identité.

On l’a entendu hier, dans la bouche de François Hollande, comme on l’entend depuis un demi-siècle, tout ramène à la guerre et à la volonté d’en sortir : « Le Général de Gaulle et Konrad Adenauer ont été capables, après avoir connu les affres des deux guerres, d’unir la France et l’Allemagne dans un traité d’amitié », a rappelé le Président français.

A l’époque le projet politique était puissant, et compris par les peuples. Ne plus souffrir, cesser de s’entretuer, se rencontrer, aller chez l’un et chez l’autre comme si on était chez soi, ce projet avait un sens qui parlait à tout le monde, du café du commerce aux élites, même si, naturellement, les calculs et les méfiances mutuelles n’avaient pas disparus.

Il s’agissait de vivre, et de vivre mieux. Aujourd’hui, selon une enquête auprès de 6198 européens, effectuée par l’institut Ipsos, seuls 27% des personnes interrogées imaginent que leurs enfants vivront mieux qu’eux, seul 20% des allemands, seul 11% des français.

Le projet fédérateur n’est pas seulement en panne, il s’est cassé en deux, une portion de plus en plus minoritaire, qui fait partie de l’élite, et qui y croit, et un groupe de plus en plus majoritaire, plutôt populaire, qui n’y trouve pas son compte.

D’où la seconde partie de la phrase de François Hollande : « Aujourd’hui, ce que nous devons faire, c’est nous retrouver ensemble pour une Europe qui soit celle de la croissance, de l’emploi ».

S’il faut se retrouver, c’est donc bien qu’on s’est perdu en route… Il y a presque un aveu chez cet ancien Premier secrétaire dont le Parti s’est divisé lors du référendum de 2005 sur la Constitution européenne.

Se retrouver, mais comment ? Là est toute la question. La multitude de colloques au programme de la journée de l’Europe y réfléchira peut-être, ou l’évitera comme d’habitude.

Car la paix, qui était un moteur, est devenue un bâillon. Les cérémonies du 8 mai et du 9 mai servaient à mobiliser les foules dans les années héroïques, elle les condamne aujourd’hui au silence. Il faudrait se taire, ne pas évoquer les divergences franco-allemandes, ne pas poser les problèmes de fonctionnement de l’Europe, ses dérives, ses égoïsmes, parce que ça réveillerait la guerre.

Il faudrait se contenter de fleurir les cimetières, comme si la seule flamme européenne à ranimer, était celle des monuments aux morts.

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