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Florange et les hauts-fourneaux, attention aux symboles par Frédéric Métézeau

3 min

Il ne fallait pas désespérer Florange comme Sarkozy avait désespéré Gandrange, deux communes où Marine Le Pen a approché les 30% des voix à la présidentielle. Mais ériger un symbole, c’est se condamner à gagner. La défaite est interdite sauf à passer pour un matamore. Il faut dire que le storytelling était tentant et quasi-parfait : la Lorraine, l’acier, "le peuple des forges" selon l'Humanité, le patron indien qui parle l’anglais de la City, le ministre-avocat enragé comme un conventionnel… Avec Florange, le gouvernement voulait redonner tout leur lustre à l’Etat-stratège et aux partenaires sociaux, il a en fait montré la faiblesse de l’Etat, braqué les syndicats et consacré la victoire de Mittal avec un accord "foutage de gueule" selon l’expression du délégué CFDT.Cela dure depuis des années. A trop voir la paille Gandrange ou Florange, l'Etat ne voit pas, par exemple, la poutre d’Arques dans le Pas-de-Calais où les cristalleries d’Arques mettent les innovations technologiques les plus pointues au service des arts de la table. A la fin de l’année, Arc International comptera moins de 6.000 employés dans sa ville d’origine contre plus de 12.000 en 2003. Autre exemple : en septembre 2009 l’union européenne décidait de passer progressivement aux ampoules à basses consommation, le processus s’achève en cette fin 2012, et l’immense majorité de ces ampoules sont fabriquées en Asie car la filière n'a pas été organisée en France. Bien sûr, la gauche n’est aux affaires que depuis 7 mois mais sur Mittal aujourd’hui, l’Etat n’est plus un stratège, il est seulement un tacticien avec toujours un coup de retard. Que l'Etat soit réellement protecteur et formateur pour ces ouvriers menacés de chômage ! Et qu'il devienne stratège pour les secteurs d'avenir, la France étant le 3ème pays au monde en matière d'innovation et de brevets validés, derrière les Etats-Unis et le Japon mais devant l'Allemagne. Politiquement parlant, la méthode Hollande de cohabitation des contraires a tourné à plein sur Mittal laissant ouvertes toutes les solutions jusqu'au dernier moment et chacun avançant ses pions mais pourquoi laisser Arnaud Montebourg évoquer une nationalisation, l'un des marqueurs les plus puissants pour un surmoi de gauche ? Hier sur France 2 Jean-Marc Ayrault a clairement laissé entendre qu'il n'y avait jamais cru, "Montebourg a pesé dans la négociation mais il fallu rattraper ses emballements" résume-t-on à l’Elysée. Le président de l'Assemblée Nationale Claude Bartolone rappelle que Mittal emploie 20.000 personnes en France, à Fos sur Mer ou Dunkerque, comprenez entre les lignes qu'il ne fallait pas mettre ces emplois-à en danger en braquant Mittal.Un accord mal ficelé à Florance pour ne pas fragiliser Dunkerque et Fos, il y avait bel et bien danger à faire un symbole et à passer à côté de l'essentiel...

Frédéric Métézeau

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