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Football : la grande bouffe crie famine

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C’est l’histoire d’une indigestion collective dont les malades crieraient famine devant un peuple d’affamés. La grève des milliardaires du foot fait penser à la Grande Bouffe, grand prix du festival de Cannes en 1973. Elle est au foot ce que le film de Ferreri fut à la société de consommation, c’est-à-dire un miroir à scandale.

Donc ils sont exsangues. Ils n’en peuvent plus. Ils sont quatorze clubs de ligue 1 à ne pas pouvoir trouver quarante quatre millions d’euros, imposés par une taxe dite à 75%, qui demande, pendant deux ans, de payer un impôt sur les salaires supérieurs à un million d’euros par an.

Jean-Pierre Louvel, le Président de l’Union des clubs professionnel, est dans le rôle de Lénine au secours des prolétaires en lutte. « Soyons conscients du drame que vit le foot », s’écrie-t-il à la télé.

C’est vrai : les clubs de foot sont confrontés à une concurrence mondiale. Il faut donc, pour y faire bonne figure, payer les artistes à leur prix. A talent exceptionnel, salaire faramineux, et la France est un vivier formidable de génies.

Cent vingt joueurs sont concernés. Cent vingt Zidane assurément, payés au minimum un million par an, et parfois un million par mois. Cent vingt joueurs. De quoi faire dix équipes incroyables, et une équipe nationale fabuleuse. A ce prix là, ils sont forcément célèbres, et forcément vous connaissez leur nom. D’ailleurs arrêtez vous, et essayez d’en citer quinze, vous verrez, leur nom vous viendra à l’esprit, tout de suite, cent vingt Ribery, cent vingt Platini, cent vingt Barthez, cent vingt Mozart du ballon rond.

Si la taxe était imposée, alors adieu prestige français dans les clubs européens. Adieu les grandes finales de la coupe d’Europe gagnées tous les ans sur les clubs italiens, espagnols, ou anglais. S’ils étaient moins payés, au lieu d’avoir brillé en Afrique du Sud, lors de la dernière coupe du Monde, il n’auraient pas gagné un seul match, et peut-être même, horreur et malheur, auraient-ils fait grève de l’entraînement en refusant de descendre de leur bus.

Et puis, au-delà des résultats, il y a les chiffres. Supporter une charge de quarante quatre millions d’euros n’est pas possible à quatorze, alors que le Paris Saint-Germain est capable de trouver quatre vingt treize millions toutes taxes comprises pour payer un seul joueur, le fameux Zlatan Ibrahimovic, et presque autant pour Thiago Silva.

Hélas les gens sont méchants. Il semblerait que les Français soient rétrogrades, une fois de plus. Ils condamneraient cette grève à quatre vingt cinq pour cent.

Reste à savoir ce que décidera dans sa sagesse ultime le Président de la République, qui rencontrera les dirigeants, sans doute jeudi prochain. Avec un peu de chance il fera du Hollande, et grâce à la synthèse, les nécessiteux du foot ne seront pas condamnés à faire la queue aux restaurants du cœur.

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