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Fraude fiscale : la culture de l'excuse

2 min

Voilà une drôle d’information à l’heure où la réforme pénale de Christiane Taubira soulève passionnément la question du laxisme ou de la sévérité. Selon une note confidentielle des douanes, le nombre de délinquants fiscaux pris en flagrant délit vers le Luxembourg ou la Suisse, avec des valises d’argent, a grossi de 500% en une seule année.

D’ordinaire, quand des délits ou des incivilités se multiplient, les délinquants sont montrés du doigt, et promis aux foudres de la justice.

Mais pas là. La fraude fiscale est un vol qui peut-être puni de sept années d’emprisonnement, mais dans cette affaire les hors-la-loi sont présentés comme des victimes. Au jeu du gendarme et du voleur ils sont les persécutés, alors que les douaniers, donc les gendarmes, donc l’Etat, représentent le méchant.

D’ailleurs, disent les dépêches et les journaux, les personnes prises en flagrant délit, se plaignent toutes du même mal. Les impôts. Elles souffrent d’une oppression collective qui provoque un « ras-le-bol fiscal ». Elles ne sont pas coupables, elles sont opprimées.

Quelque part, cette inversion des rôles par la mise en avant d’une injustice sociale fait penser aux excuses des loubards des banlieues quand ils accusent le chômage ou la pauvreté pour justifier leurs crimes ou leurs délits.

Les valises d’argent seraient en fait le symptôme d’une souffrance. Tous les contribuables, de bas en haut, seraient matraqués par une inquisition, qui provoquerait un sentiment de révolte, et déclencheraient… Des passages à l’acte.

Bien sûr, certains peuvent et d’autres pas. Le commun des mortels ne peut pas pratiquer la juste fraude. Les smicards ne peuvent pas mettre la TVA dans une valise, les familles ne peuvent pas bourrer leur coffre de quotient familial, les étudiants ne peuvent pas entasser les frais de scolarité dans leurs cartables, et les salariés ne peuvent pas planquer en Suisse l’augmentation des contrats collectifs qu’ils subiront sur les complémentaires santé…

Mais le cœur y serait, et les plus riches montreraient en quelque sorte l’exemple de la légitime défense. Ces billets de banque baladeurs auraient un sens politique. Ils acteraient un refus citoyen, une manière de dire non, à la façon de l’ancien ambassadeur et grand espoir de la Sarkozie, Boris Boillon, qui s’est fait coincer à la Gare du Nord avec 350 000 euros et 40 000 dollars dans ses bagages de résistant.

Au fond, le message subliminal des passeurs de billets est clair : il faut que le pouvoir cesse de jouer la répression, il doit comprendre, et s’amender lui même, car le coupable de la fraude ne serait pas le fraudeur, mais le « système ».

Encore un effort et ceux qui ont assez d’argent pour en bourrer leurs valises finiront par revendiquer Mai 68, et cette culture de l’excuse, qu’ils reprochent à Taubira...

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