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Germanophobie ? Vous avez dit Germanophobie ?

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« Germanophobie ». Après le nucléaire il y a deux semaines, et le droit de vote il y a huit jours, c’est donc la nouvelle polémique du week-end.

Philippe Séguin
Philippe Séguin

Le premier ministre est à son tour monté au créneau pour s’indigner des propos d’Arnaud Montebourg, qui avait associé la politique allemande à celle de Bismarck, ou de Jean Marie Le Guen qui avait comparé Nicolas Sarkozy à Daladier se rendant à Munich.

Mais au-delà de la polémique c’est un dossier fondamental.

La controverse avec l’Allemagne touche à l’Histoire de France. Elle parle de souveraineté. D’indépendance ou de dilution, au cœur de l’équilibre Européen. Une question grave et lourde.

Après un siècle de guerres et de massacres, 1870, 1914, 1939, la France et l’Allemagne ont décidé de tourner la page, ce qui n’a rien changé à leur identité, ni à leur géographie, et ne les a donc pas dispensé de confronter leurs intérêts.

Paradoxalement, c’est le traité de Maastricht, en les mariant sous le régime de la communauté, qui a réveillé les méfiances, et c’est l’idée d’une amélioration, ou d’une aggravation (comme on voudra) de ce traité, ces prochains mois, avec un transfert du pouvoir économique vers un échelon central européen, qui rallume de plus belle les vieux antagonismes.

Réduire les propos d’Arnaud Montebourg à une espèce d’injure conjoncturelle, reviendrait donc à escamoter l’histoire au nom du journal de 20 heures.

Car le bouillant socialiste n’a rien inventé… A votre avis, par exemple, qui a écrit les mots suivants ?

« A force de vouloir faire l’intégration européenne à tout prix, on va finir par faire l’Europe Allemande. L’Allemagne ne renoncera à sa souveraineté que si elle domine l’ensemble. Les Allemands veulent bien d’une banque centrale européenne, mais seulement si celle ci est peu ou prou entre les mains de la Bundesbank, et d’une monnaie unique, si celle-ci s’appelle le Mark »

Un peu plus loin dans le même discours, l’orateur continuait ainsi : « Je sais bien que l’on veut à tout prix minimiser les enjeux et nous faire croire que nous ne cédons rien d’essentiel en ce qui concerne notre indépendance. Il est de bon ton de disserter à l’infini sur la signification même du concept de souveraineté, de le décomposer en menus morceaux, d’affirmer qu’il admet de multiples exceptions, mais la souveraineté limitée, la souveraineté partagée, sont autant d’expressions pour signifier qu’il n’y a plus du tout de souverainet é ».

Ce texte, il est extrait du discours prononcé devant l’assemblée nationale par l’opposant Philippe Séguin, à l’époque RPR, le 5 mai 1992, en plein débat sur le traité de Maastricht. A cette époque, le Président de la République était socialiste.

Relisez ce discours. Il est visionnaire. Il décrit en détail, avec vingt ans d’avance, un thème majeur, peut-être même le thème central du débat de 2012. Un débat de fond. Un débat noble. Tout le contraire d’une petite polémique.

LIEN : Discours de Philippe Séguin, mai 1992 : http://www.assemblee-nationale.fr/connaissance/revision5_philippeseguin_Maastricht.asp

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