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Guerre d'Algérie : cinquante ans et toutes ses dents

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Avec un peu de chance, la marche vers les cent ans de l’indépendance algérienne, commencée aujourd’hui, sera moins muette que le premier demi-siècle. Cinquante ans aujourd’hui que l’Algérie est indépendante, et le discours dominant dit qu’il faudra du temps pour qu’on puisse tourner la page.

Du temps… Comme si dans une vie d’homme, cinquante ans c’était une paille. Cinquante ans c’est trente deux ans de plus que le temps qui sépare l’abominable massacre d’Oradour sur Glane, ou l’innommable découverte des camps de concentration, et le traité d’amitié Franco-Allemand signé par Charles de Gaulle et Konrad Adenauer, mais entre la France et l’Algérie le souvenir des souffrances, des tortures, des abus, interdirait de parler d’autre chose que de la guerre, comme si elle durait encore.

Cinquante ans qu’elle n’est donc pas vraiment finie, à ce qu’on dit, même si les acteurs des deux camps, qui pouvaient avoir vingt ans en 62, en ont au moins soixante dix aujourd’hui, et que leurs petits et arrière-petits enfants, quelquefois tous français, se croisent, ou se fréquentent, s’aiment ou ne s’aiment pas, se refusent ou se marient, dans les mêmes villes de France, et parfois d’Algérie.

Pourquoi cette durée de vie phénoménale pour un conflit régional ? Sans doute parce qu’il est emblématique d’un mouvement historique parfaitement indiscutable, la décolonisation, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, tellement indiscutable qu’il finit par toucher au sacré, et qu’il devient sacrilège d’en soulever tous les couvercles.

La seule vérité admise, et dont l’évocation est tolérée, est ainsi celle des souffrances endurées par les colonisés, puisqu’elles vont dans le sens de l’histoire.

Mais le récit des souffrances, et les revendications de ceux qui se sont trouvées dans le camp d’en face, les harkis engagés dans l’armée française, ou le petit peuple européen, les pieds-noirs comme on disait, s’est retrouvé frappé d’ignominie, comme si leur simple évocation pouvait remettre en cause l’évidence historique de la décolonisation.

Or il faudra bien, dans les cinquante prochaines années, faire le tri entre la fameuse question des aspects positifs de la colonisation, qui touche à un système indéfendable, et les aspects honorables de populations entières qui sont nées là bas, qui vivaient donc dans leur pays, et qu’on a jetées par-dessus le bord, avec l’eau du bain de l’histoire. Il faudra bien admettre que ces générations de colons présumés, pour la plupart des quidams sans fortune, se sont d’abord battues pour mener la vie la plus honorable possible, et l’ont menée pour de bon.

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