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Hollande : Etat de grâce ou Etat d'urgence ?

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Contrairement à ce qu’on entend depuis dimanche, François Hollande va surfer sur un état de grâce. Il suffisait de regarder la télévision hier soir, ou de constater à quel point les journaux et les magazines spéciaux s’arrachaient dans les kiosques, pour constater comme un effet de curiosité. Voilà que des reportages s’attardent sur son enfance, sa mère, son père, son fils, sa compagne, ses bons mots, ses familiarités… C’est parti pour la fascination. La France, c’est sa nature, va s’esbaudir pendant quelques semaines devant son nouveau monarque. Comme dit le proverbe : « tout nouveau, tout beau ».

Ce que veulent dire les commentaires quand ils évoquent l’absence d’état de grâce, c’est sans doute que ce moment de la découverte, n’a rien à voir avec le lyrisme de mai 81. A cette époque on n’avait peur de rien, on voulait carrément « changer la vie ». Là, si tant est qu’on espère changer quelque chose, à part la tête des gouvernants, on voudrait seulement réparer la toiture pour qu’il pleuve un peu moins dans la maison.

Ce défi n’a l’air de rien mais il est grand. Il s’agit de faire en sorte que les français croient un peu plus que la politique puisse servir à quelque chose. Qu’elle est sérieuse, modeste peut-être, mais concrète.

Ce président là ne sera pas jugé sur la réalisation des rêves qu’il a suscités. Il a fait si peu de promesses. Il sera jugé sur les effets à long terme de sa politique. Est-ce que la création de postes dans l’éducation nationale va suffire à réparer l’école ? Est-ce que la fiscalité des riches adoucira l’impôt des pauvres ? Est-ce l’idée d’une renégociation du pacte de stabilité va bloquer l’Europe ou la décongestionner ?

Il faudra du temps pour le vérifier. Le temps sera d’ailleurs la nouvelle donne. Sous le président sortant le temps était une succession de séquences courtes, sous celui là il dépassera la perspective du vingt heures, au risque de s’enliser, à la longue, dans l’inaction.

Nous verrons bien, l’année prochaine ou dans deux ans.

Mais quelque chose doit changer immédiatement. Ce sera le signal. Il s’agit de la moralisation de la vie publique, dont François Hollande a beaucoup parlé, la fin des conflits d’intérêt, le changement dans le fonctionnement de l’état, le style de la présidence, tout cela n’a pas besoin de rendez-vous aux calendes grecques. Ce sera tout de suite ou jamais.

Ou bien le nouveau président s’enfermera dans son palais, cerné par les visiteurs du soir qui se pressent sans doute déjà autour de lui, le flattent, le protègent comme ils disent, le conseillent, et dressent une muraille entre leurs petites ambitions personnelles et ce qu’attendent les français, ou bien il maintiendra le contact.

On le jugera donc à ses entourages, et à leur comportement. Si la cour se réinstalle, ce qui a été une fatalité dans la cinquième république, il retombera dans l’ornière, comme les autres. Avant deux ans l’état d’esprit des français, comme après chaque alternance, se résumera à un slogan : « sortez le sortant ».

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