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Hollande sur France 2 : le quidam et le président

2 min

A quoi tient l’état de grâce de François Hollande et Jean-Marc Ayrault, confirmé hier par un nouveau sondage, deux semaines après leur prise de fonction, donc sans rapport avec un bilan, un résultat, ou un succès ?

Sans doute à ce qu’ils viennent d’arriver, et qu’ils sont regardés comme des gens encore banals, mais placés dans des situations exceptionnelles.

Ces « encore quidams » bénéficient d’une sorte d’émerveillement public. Le pays ne les imaginait pas dans de telles fonctions, or ils s’y trouvent et les assument.

Leur absence d’expérience, ce handicap majeur qui faisait dire que le sortant avait la dimension, mais pas son concurrent, est devenu un atout. Avec le Président normal soixante millions de normaux peuvent se sentir à l’Elysée. Au fond cet état de grâce, forcément provisoire, est une affaire collective. Elle tient un peu de notre identité.

En France, et c’est sans doute un effet de notre fond royaliste, on considère que les fonctions d’état ne peuvent être assumées que par des espèces de surhommes. Ne pourraient diriger la France que des gens nés pour le faire. Il y aurait un sang bleu de la République, qui ne se transfuserait pas, mais qu’on possèderait comme un gène, ou qu’on ne possèderait pas.

C’est ainsi que pendant toute la campagne, on s’est gravement demandé si Hollande pourrait présider un conseil des ministres, alors qu’il n’avait jamais appartenu à un gouvernement. Et c’est ainsi que M. Sarkozy a pensé faire la différence en posant avec les puissants de la planète pendant que le Président du conseil général de Corrèze était moqué pour ne fréquenter que des Gérard Dugenou.

Et c’est ainsi que le peuple est épaté par le contraste, parce que l’ami de Dugenou serre la main d’Obama.

C’est comme ça. En France la rencontre avec des chefs d’état étrangers, et notamment de celui des Etats-Unis n’est pas vécu comme un geste de courtoisie mais comme une messe du sacre, quasiment le doigt de Dieu.

Personne ne se demande d’où est sorti cet Obama, ni quelle était son expérience avant son élection, ni d’où vient cette Merkel, ni quel était son cursus international, ni quel ministère avait tenu David Cameron avant d’aller à Downing Street : ils y sont, c’est donc qu’ils le valent bien…

Du coup Hollande a l’air d’avoir grandi parce qu’il a su marcher, sourire, et même travaillé avec eux.

Combien de temps peut durer ce sortilège ? Tant que l’élu du 6 mai conservera son allure de quidam qui tient la barre. C’est d’ailleurs cette image qu’il a cultivée hier soir encore, en se rendant sur le plateau d’un journal de vingt heures, comme un Président présidentiel, mais qui ne ferait pas plus de manière qu’un député de Corrèze, un proche des ramasseurs de champignons, peut être, mais qui viendrait de casser la croûte avec les grands du monde…

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