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Impôts : la sainte alliance des pigeons et des pigeonnés ?

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Ce qui frappe avec la révolte fiscale, c’est son unité et sa diversité. Quel rapport entre l’inquiétude légitime d’un titulaire de plan d’épargne logement et l’indécence d’un joueur de foot à un million d’euro ? Quelle relation entre un agriculteur breton et un transporteur international ? La réponse ne saute pas aux yeux. Mais ils convergent dans un mouvement assez puissant pour bousculer, voire emporter un gouvernement.

Chacun pour soi, et Dieu pour tous à condition de crier fort… Les revendications sont catégorielles. Elles ne datent pas de cette semaine. « Nous sommes tous des pigeons », c’est la devise de la France depuis la première jacquerie d’entrepreneurs, et le premier recul du gouvernement. « Pigeons » les poussins, « pigeons » les présidents de clubs de foot, « pigeons » les patrons rescapés de la taxe sur l’excédent brut d’exploitation, « pigeons » les routiers, « pigeons » les agriculteurs bretons, et désormais « pigeons" tout le monde.

Ceux qui n’ont pas réussi à échapper au tour de vis fiscal, et qui sont en général des pigeons d’en bas, des inorganisés, des smicards qui se retrouvent à payer l’impôt sur le revenu en vertu du gel du barême, des familles au quotient rabioté, bref des pigeons pigeonnés, se retrouvent dans le même cortège que les pigeons malins, les pigeons organisés, voire les aigles intouchables, et tous ces ruisseaux fabriquent un fleuve en crue, devant lequel le pouvoir en est réduit à promener sa balayette et son petit seau pour limiter l’inondation, en s’écriant « que d’eau, que d’eau ! », à la manière de Mac-Mahon visitant le 26 juin 1875 la ville de Moissac noyée par la Garonne, tandis que son aide de camp, Antoine François Marie Pierre de la Rochefoucault, dixième Duc de La Roche-Guyon lui précise : « Et encore M. le Maréchal, vous ne voyez que le dessus ! »

D’où vient ce climat invraisemblable ? A certaines incohérences du pouvoir. Il valide l’idée d’un ras-le-bol fiscal mais impose en pleine jacquerie une écotaxe décidée par François Fillon, pour ne pas fâcher ses alliés écologistes. Il annonce au moment où arrivent les feuilles d’impôts une pause sur les revenus de 2014, qui ne sera donc ressentie, au mieux, qu’en fin d’année 2015. En un mot, il multiplie les maladresses, tandis que l’opposition raille son amateurisme.

Mais il y a sans doute plus grave, et plus profond. C’est que face aux mille voix revendiquant des intérêts particuliers la voix de l’Etat, celle du gouvernement de la France, donc de l’intérêt général paraisse totalement aphone. Le pouvoir ne dicte pas, ne tance pas, ne dirige pas, n’impose pas, ou n’a pas l’air de le faire, il pare au plus pressé, il joue les pompiers de service, et il finit par se brûler.

Certains disent même qu’il est cramé.

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