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Insee et intégration : foutez la paix aux immigrés !

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Voilà une étude qui « tord le cou aux clichés », comme le dit ce matin le journal le Parisien, sur sa première page. Selon cette enquête de l’Insee neuf enfants et petits enfants d’immigré sur dix, c’est à dire quatre vingt dix pour cent d’entre eux, se sentent tout simplement français.

Au moment où le débat sur l’immigration, pollué par la crise, et incendié par le jihadisme, finissait par empoisonner jusqu’aux pains aux chocolats dans les cours d’école, y compris pendant les vacances d’été, cette étude apporte un autre éclairage. Elle ne nie pas les problèmes d’intégration que le Front national, la campagne sur le hallal de Nicolas Sarkozy, et désormais les viennoiseries de Jean-François Copé, ont consacré comme des problèmes majoritaires, voire envahissants, mais elle les remet à leur place.

A force de raccourcis agressifs ou défensifs, de fantasmes ou de tabous, l’immigré et sa descendance sont devenus des êtres abstraits en France, des figures politiques. Soit des voleurs, selon la vision du chroniqueur Zemmour, soit des victimes universelles, les cosette des temps modernes, selon les Jean Valjean plutôt situés à l’extrême gauche ou dans certaines associations de défense mécanique des sans papiers.

Voici les chiffres, issus de cette enquête effectuée en Ile de France sur un échantillon de 7200 personnes : 36% des parents immigrés étaient français, 97% des enfants le sont devenus.

60 % de naturalisés récents ont le sentiment d’être français. 90% de leurs descendants.

Enfin le dernier chiffre : Parmi les descendants d’immigrés, ils ne sont plus que 67% à avoir le sentiment d’être « vus comme français ».

Le sentiment d’être vu… On entre ici dans le domaine du préjugé, et on constate qu’il dépasse la réalité, et que ce débordement a des conséquences concrètes. Si 33% des enfants et petits enfants d’immigrés sont diplômés du supérieur, et 20% sont devenus cadres, ils sont davantage frappés par le chômage, et leur salaire moyen est un peu plus bas que celui du reste de la population.

L’intégration n’est donc pas parfaite, mais elle n’est pas bloquée. Tout ce qu’on lit dans les journaux existe, les problèmes des banlieues ne sont pas des inventions, peut-être même que le pain au chocolat de M. Copé n’a pas été mangé par son propriétaire, mais en faire l’alpha et l’omega de la réalité revient à enfermer des millions de personnes issues de l’immigration dans une double prison. Soit le schéma agressif, qui les obligerait à devoir se justifier en permanence, à sortir leurs papiers à tout bout de champ, soit le schéma victimiste, qui les conduirait à exiger leurs droits, voire à en abuser.

Or dans leur écrasante majorité, les enfants et petits enfants d’immigrés n’ont qu’une revendication. Et une seule. Qu’on leur foute la paix.

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