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Italie : une réplique au Non français de 2005

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A bien des égards l’élection italienne renvoie au référendum français de 2005 sur l’Europe. Même stupéfaction devant les choix d’un pays fondateur de la construction européenne, même débat passionnel entre une raison officiellement raisonnable et des forces dénoncées comme insensées, et même révolte irrationnelle qui s’exprime dans les urnes en renversant la table…

On pourra réduire l’événement à une bouffée de chaleur, se dire que les Italiens sont fous et que c’est leur affaire. Que l’irruption du comique Beppe Grillo, candidat antisystème est une preuve de déraison, et que la résurrection de Berlusconi est la démonstration d’un égarement chronique de la part des Italiens.

Ce serait oublier que pour la première fois l’Europe a été au centre de la campagne, et que le candidat de cette Europe, premier ministre sortant, encensé à Bruxelles comme le sage d’entre les sages, présenté comme un exemple, a été brutalement rejeté par son peuple. Il plafonne à 10%.

Ce serait oublier que l’addition des votes dits populistes, Grillo et Berlusconi, atteint 54%. Ce serait ne pas voir que le seul défenseur de l’idée Européenne, Pier Luigi Bersani, candidat normal d’une coalition de gauche regroupé autour du Parti démocrate, et gagnant très relatif, considère que la rigueur n’est pas une panacée.

Ce qu’a dit l’europhile Italie, hier soir, c’est un Non à l’Europe telle qu’on la dicte depuis Bruxelles, ses troïkas, ses plans d’austérité, ses techniciens, ses professeurs, ses statistiques, et ses économistes qui viennent dire à la télévision, sur le ton de l’évidence exaspérée, qu’il faut se couper les pattes pour se remettre sur pied.

Que va faire l’Italie avec sa majorité socialiste à l’assemblée, et minoritaire au sénat ? Qui pourra gouverner, et avec quelle alliance ? C’est son problème intérieur, sans doute plus compliqué que les couloirs du Vatican quand on prépare un pape.

Mais comment va réagir Bruxelles à ce message monté de Rome ? C’est une immense question, de portée continentale.

De deux choses l’une…

L’Europe pourra se dire qu’elle était folle, aussi folle au fond que Beppe Grillo, d’avoir pensé que la potion de Mario Monti serait supportée après avoir plongé son pays dans la récession, baissé les pensions, fermé 104 000 entreprises, mis huit millions de personnes sous le seuil de la pauvreté, et fait monter le taux de chômage des jeunes à 37%.

L’Europe pourra aussi s’en tenir au diagnostic du ministre allemand des affaires étrangères, Guido Westerwelle : « l’important est que la ligne proeuropéenne et les réformes continuent ».

Dans ce cas tout continuera effectivement, comme si de rien n’était, le vote d’hier sera présenté comme une curiosité locale, on tentera de l’escamoter comme le Non de 2005, mais des Grillo et des Berlusconi aparaitront partout, et à force de rassurer les marchés l'Europe finira par les épouvanter...

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