LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Jean-Claude Trichet soixante huitard ?

2 min

Dans le journal Le Monde daté d’hier, Jean-Claude Trichet, le Président de la banque centrale Européenne, lègue un double message au moment de passer la main. Il défend bec et ongle l’indépendance de la BCE vis à vis des états, mais il estime aussi que « le secteur financier doit changer ses valeurs ».

Jean-Claude Trichet, Président de la BCE
Jean-Claude Trichet, Président de la BCE Crédits : Kai Pfaffenbach - Reuters

D’un côté, donc, le credo de l’indépendance, celui de la cloison étanche entre l’économie et la politique, et de l’autre une société solidaire dont les valeurs supérieures s’imposeraient à tous, en traversant d’elles-mêmes les fameuses cloisons, qui seraient ainsi étanches sur le plan de l’économie, mais poreuses sur le plan de la morale.

Ce que postule M. Trichet, en reprenant ici un discours très à la mode depuis 2008, c’est que la finance devrait se montrer sensible à d’autres valeurs que les valeurs cotées en bourse. En quelque sorte, un intervenant sur le point de rafler la mise en spéculant sur la dette grecque, devrait être assez citoyen pour dire à la face du monde : « moi je ne mange pas de ce pain là », et un exilé fiscal, sur le point de planquer le produit de sa spéculation dans un paradis fiscal devrait être capable de rentrer dans son pays en posant son argent sur le bureau du percepteur, et en proclamant : « prenez-en les deux tiers, car j’ai d’autres valeurs » !

Une sorte de devoir supérieur amènerait ainsi les traders à s’acheter des actions cotées au Cac 40, puis à se racheter en faisant une BA cotée aux valeurs collectives.

Depuis la crise de 2008, provoquée par la folie des subprimes, cet accès de vertu ne s’est à vrai dire pas beaucoup remarqué. Les paradis fiscaux continuent d’être paradisiaques, les rémunérations insensées continuent d’être inimaginables, les bonus restent gratifiants, d’ailleurs le G20 de cette semaine devrait encore en parler.

Bref, l’autodiscipline ne marche pas mieux dans le secteur économique et financier que dans les cours de récré… Il faut croire que sans une autorité qui balise et qui sanctionne, le secteur financier fait comme tout le monde, Apple compris, il ne s’occupe que de sa pomme.

Quelle pourrait être cette autorité ? Pour les vols, les crimes de droit commun, c’est la justice, donc c’est l’état. Pour les limitations de vitesse, c’est la police et la gendarmerie, donc c’est l’état. Pour les impôts, c’est l’administration fiscale, donc c’est l’état. Pour tous les secteurs de la vie, tous, c’est l’état qui prend en charge les valeurs collectives qui dépassent les intérêts particuliers.

Mais pour l’économie et la finance, ce ne serait pas le cas : pas touche ! L’état n’aurait pas le droit de s’en mêler. Ce ne serait pas son métier. La banque Européenne, et les banques en général doivent rester indépendantes, car elles savent ce qu’elles ont à faire.

Au fond, Jean-Claude Trichet est un grand soixante-huitard : il croit encore en l’autogestion…

Et écoutez aussi à ce sujet : - le bilan du mandat Trichet par Marc Touati , économiste au cabinet Assya, interrogé par Véronique Julia :

Écouter
59 sec
Écouter
  • Jean-Paul Pollin , membre du cercle des économistes et professeur à l'université Orléans, qui considère que la BCE doit se doter de nouveaux instruments :
Écouter
47 sec
Écouter
  • le portrait de Mario Draghi , par Soline Demestre :
Écouter
1 min
Écouter
La carrière de Jean-Claude Trichet
La carrière de Jean-Claude Trichet
L'équipe
Production
Journaliste
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......