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Jean-Louis Borloo : l'UDI, les clés, et la serrure

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Nous journalistes adorons lire l’avenir dans le rétroviseur, ça tombe bien les politiques aussi. Résultat, le lancement de l’UDI, union des démocrates et indépendants, autour de Jean-Louis Borloo, est présenté comme une renaissance de l’UDF. Or c’est faux. L’UDI correspond certes au retour d’une deuxième droite, moins bonapartiste que la première, mais l’UDI ce n’est pas l’UDF.

L’UDF était le rassemblement de trois familles. Des démocrates chrétiens, une partie des radicaux (l’autre moitié étant à gauche), et la locomotive était le Parti républicain, en partie plus centriste que le RPR, mais en partie plus à droite avec les libéraux d’Alain Madelin ou Gérard Longuet.

L’UMP avait voulu gommer ces différences, en les incluant dans un parti unique. La rébellion de François Bayrou avait été le premier échec. La sécession de Jean-Louis Borloo est le deuxième accroc, mais à la différence de l’UDF, la résurgence de cette autre droite se produit derrière un parti du centre, et ce n’est pas un hasard.

La droitisation de l’UMP, voulue par Nicolas Sarkozy pendant la deuxième moitié de son mandat, et accélérée pendant sa campagne présidentielle, a ouvert des brèches sur son aile modérée. La primaire qui oppose François Fillon à Jean-François Copé pour la présidence de l’UMP élargit encore cette fracture. Un certain nombre de personnalités, comme Chantal Jouano, n’aiment pas le pain au chocolat de Jean-François Copé, désormais cruellement surnommé « Le Pen au chocolat », et s’est senti assez mal à l’intérieur de l’UMP pour faire le saut vers l’UDI. D’autres y pensent aussi, mais préfèrent attendre et voir.

Car il y a loin de la coupe aux lèvres. L’espace politique existe, et peut s’élargir encore, mais l’UMP a l’avantage électoral d’être en place, donc de tenir les sièges. Pour attirer les personnalités centristes et modérées, l’UDI devra leur offrir des débouchés, lors des élections municipales, départementales, régionales, sénatoriales, sans quoi l’idée d’une autre droite, plus humaniste, articulée sur les idées et pas seulement autour d’un homme providentiel, restera dans les limbes, comme un amour platonique.

L’UDI a donc accompli le plus simple, c'est-à-dire exprimé sa différence et son projet. Pour la différence, la figure de Simone Veil, pour le projet le message de Giscard d’Estaing, qui résumait l’objectif : conquérir l’Elysée.

Reste à concrétiser ces résolutions, c'est-à-dire à ouvrir une bataille, une vraie, sachant que l’UMP ne se laissera pas dépouiller. Jean-Louis Borloo en a-t-il le caractère, c’est la question du week-end. Ce qui est sûr, c’est qu’il a les clés en main, mais ce qui se dit c’est qu’à l’approche de la serrure il a souvent tendance… à égarer le trousseau…

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