LE DIRECT

Jean-Luc Mélenchon et le grand écart de François Hollande

2 min

Attention, un train peut en cacher un autre. Le premier tour de la présidentielle est travaillé par des mouvements qui participent du second. On s’attendait à ce qu’il se joue au centre, comme d’habitude, et il se joue à la droite de la droite et à la gauche de la gauche. La montée de Jean-Luc Mélenchon est un élément majeur.

L’Elysée espère que cette montée en puissance se traduira par l’affaiblissement de François Hollande. Or c’est le cas mais à la marge. Cette montée crée plutôt un phénomène inédit depuis de longues années. La gauche prend du poids. Elle serait grosso modo à 43%, comme en 81, alors qu’il y a sept ans, elle plafonnait à 36% derrière Ségolène Royal

Cette progression est un avantage arithmétique pour le candidat PS, et en même temps une difficulté politique. Hollande, qui ne pourra se passer des voix d’une partie du centre pour être élu, sera conduit à tenir compte du nouvel équilibre en gauchissant son discours et ses propositions. Le phénomène était audible à Nice, hier. Arnaud Montebourg, coucou le revoilà, a été invité à prononcer un discours, et l’a fait en martelant ses diatribes contre la finance, tandis que François Hollande, tout en assurant qu’il ne changerait pas de vitesse, a quand même accéléré.

Pendant ce temps, à droite, Nicolas Sarkozy, longtemps contesté, attire à lui un nombre croissant d’électeurs de son camp. Après le ralliement des miettes de Nihous, des bribes de Boutin, et des scories de Morin, il a reçu l’appui plus conséquent Jean-Louis Borloo, et un peu entamé le capital de Marine Le Pen en extrême-droitisant son engagement, et il s’attaque à présent à l’électorat fragile de François Bayrou, en perte de vitesse.

Au train où vont les choses, une part non négligeable de l’électorat de droite de Bayrou aura rejoint son camp naturel dès le premier tour. Ne pourraient lui rester que les plus antisarkozystes, plus enclins, pour une bonne part, à voter Hollande pour son profil de modéré, sauf qu’Hollande est tenu par sa gauche.

C’est une figure classique en politique et en gymnastique. On appelle ça le grand écart. Certains, comme Mitterrand, l’ont réussi, d’autres comme Jospin se sont fait un claquage.

Hollande a des atouts, sa souplesse naturelle et le nouveau rapport de force, mais aussi un handicap. Il doit enlacer sa gauche, ragaillardie, tout en embrassant son centre, endolori.

L'équipe
Production
Journaliste
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......