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La fin d'un monde à l'UMP

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C’est bel et bien la fin d’un monde, trois jours avant celle que nous promet le calendrier mayas, parait-il. La fin d’une tradition dominante, incarnée depuis dix ans par l’UMP, et auparavant par la succession des partis qui se réclamaient du gaullisme, l’UNR, l’UDR, puis le RPR. En signant leur armistice, Jean-François Copé et François Fillon n’ont pas enclenché un retour à la case départ, mais un mouvement qui les dépasse. La droite française ne sera plus la même après la crise aiguë qui s’achève à l’UMP.

Depuis l’avènement de la cinquième république la droite classique française se composait de deux branches, l’une parlementariste, disons l’ancienne UDF, et l’autre organisée autour d’un chef, disons l’ancien RPR. Hormis l’intermède Giscard, et malgré la concurrence du Front National apparu dans les années 80, la droite du Chef a toujours dominé.

Or ce que l’accord Fillon-Copé entérine de façon extraordinairement minutieuse, c’est précisément le démontage de cette droite du Chef. Les deux hommes le font en mettant en place le contraire absolu de ce qu’avait préparé le secrétaire général Copé quand il aspirait à prendre la présidence de son parti.

Désormais :

-Le chef, dont la fonction était de « cheffer », comme disait Chirac, c'est-à-dire de commander de haut en bas aura pour mission « d’écouter » de bas en haut, en tenant compte d’une équipe de direction rigoureusement collégiale. C’est une révolution.

-Le chef ne pourra plus verrouiller son élection, ou sa désignation à l’élection présidentielle, comme c’était aussi la tradition. C’est une haute autorité indépendante qui s’occupera du vote, et une autre qui préparera les primaires. Le chef ne pourra plus arriver avec des paquets de procurations. Bref, il ne pourra plus s’élire tout seul, et être acclamé ensuite, comme le firent Chirac ou Sarkozy.

-Enfin le chef ne pourra pas rester chef, et sa direction ne pourra pas rester dirigeante, s’il souhaite concourir à la présidence du parti ou à la candidature à l’Elysée. Il ne disposera pas, non plus, des moyens du parti, comme au bon vieux temps d’il y a un mois, ces moyens seront alloué à chaque compétiteur, et les salariés du parti n’auront plus le droit de soutenir le patron.

En clair, il n’y a plus de Bonaparte au parti bonapartiste. Une élection réelle va remplacer une élection fiction.

Pour faire quoi ? Pour mener quelle politique ? Ce sera la grande question, à laquelle l’UMP n’échappera pas. Outre les affaires de fonctionnement, la crise à l’UMP a révélé un court-circuit entre la tendance dite du pain au chocolat, et la tendance humaniste. Les faire cohabiter au sein d’une même direction n’épuisera pas la divergence. Sans inventaire de sa défaite de mai dernier, l’UMP ne résoudra pas sa crise, il la remettra au placard. Et comme on vient de la voir, ce placard est explosif…

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