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Lampedusa, son port, ses cercueils 4 étoiles

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C’est un symbole terrible et dérisoire. De beaux cercueils, des cercueils de notables, des cercueils cinq étoiles, des cercueils qui valent sans doute le prix d’une traversée dans un paquebot de croisière, alignés par dizaines dans un hangar de Lampedusa…

A l’intérieur, des hommes, des femmes, et des enfants, hier encore des fugitifs, quasiment des parasites, et que l’Europe honore soudain, comme des hôtes de marque, parce qu’ils sont morts en masse, et que l’horreur de ce naufrage dérange les bonnes consciences.

L’Italie, qui ne veut pas des émigrants, et qui menace de sanctions ceux qui les aident ou les secourent, a décrété une journée de deuil national.

« J’espère que l’Union européenne se rendra compte que cette tragédie est une offense à l’Europe toute entière, s’est écrié le vice Président du conseil, Angelino Alafano, soucieux de ne pas faire de son pays l’unique responsable de la catastrophe, même si l’île de Lampedusa est sur son territoire, et même si depuis 2003, selon le principe dit de « Dublin 2 », les candidats à l’asile dépendent du pays dans lequel ils sont entrés.

L’hypocrisie de l’Italie, c’est en fait celle de tous les pays européens. Grand un je ferme les yeux devant ce que cette immigration a d’irrépressible, et grand deux, quand ça n’est plus possible, je les tourne vers Bruxelles.

Après l’annonce du naufrage, et l’horreur du bilan, un silence symptomatique a parcouru les pays européens, comme si la décence obligeait à se taire, et même à sortir les mouchoirs, devant une phénomène contre laquelle, en général, on aspire à sortir les fusils.

Dès lors, dans un réflexe conditionné, les dirigeants refilent le mistigri à l’Europe. Demain l’immigration s’invitera à la table de la réunion des Ministres de l’Intérieur qui se tiendra à Luxembourg, et les 24 et 25 octobre la France mettra la question au menu du Conseil Européen. Quant au Chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, il réclamait hier avec vigueur que « les Chefs de l’Etat traduisent leur indignation en fait et en acte ».

Belles paroles que les experts de Bruxelles renvoient aux Etats, accusés d’égoïsme et de lâcheté : Le cabinet de la commissaire aux affaires intérieures soulignaient ainsi que les politiques migratoires sont considérées par les Etats « à l’aune de préoccupations intérieures ».

Ces « préoccupations » se réclament généralement du bons sens et de la réalité : les étrangers poseraient des problèmes concrets, économiques et d’intégration, il faudrait donc faire quelque chose. Les tenir à distance. Les empêcher d’entrer

Il se trouve que le drame de Lampedusa impose un point de vue qui n’est pas moins réaliste, mais qui donne la langue lourde. Aucun obstacle, aucun douanier, n’empêchera jamais la misère de déferler vers l’espoir d’une vie meilleure, et cela aussi c’est du bon sens, et de la réalité…

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