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Lance Armstrong : Gloire à la triche

2 min

Au moment où des idées dominantes, et mille fois répétées dans les journaux et les télévisions, soutiennent à l’occasion de l’affaire Depardieu que les Français n’aiment ni la réussite, ni ceux qui réussissent, les aveux de Lance Armstrong prennent une dimension particulière. Voilà un homme intouchable, et intouché, qui a gagné sept tours de France, ou plutôt les a volés, un menteur que les plus hautes autorités présentaient comme un exemple, et dont les adversaires, qui disaient la vérité, étaient présentés comme des trouble-fêtes, des jaloux, des aigris.

Cette affaire est une affaire nationale, puisqu’elle concerne le Tour de France, une institution hexagonale au retentissement mondial. S’en prendre à un gagnant du tour, c’était s’en prendre aux intérêts de la France.

Pourtant, le fait même que l’étrange carrière du coureur américain n’ait concerné que cette course, sans autre palmarès, faisait de Lance Armstrong un cas à part. Tous les autres grands champions gagnaient tout au long de l’année, lui c’était une fois par an.

Sa tricherie crevait les yeux, mais il fallait s’extasier. Respecter un gagneur qui avait vaincu le cancer, ce qui faisait taire les sceptiques, et donnait à ses victoires une aura supplémentaire. L’admirer était un devoir moral. Le soupçonner devenait un péché contre l’espoir.

Lance Armstrong est devenu un puissant, ultra-riche, ami du président des Etats-Unis, et d’un Président Français, décoré, honoré, une parabole morale, quasiment politique, celle du gagneur qui lutte contre l’adversité, et qui force le destin à force de volonté. Le contraire du minus, de l’assisté, du pleurnichard, du fonctionnaire, l’inverse de ce peloton d’inconnus qui lui collait aux basques en racontant qu’il se dopait à dose industrielle.

Tous ces gêneurs avaient raison, mais en passant aux aveux, Lance Armstrong ne tombe pas pour autant de son piédestal. Quand on est puissant c’est pour la vie. C’est l’autre aspect de la parabole Armstrong. On peut faire des pitreries, comme Depardieu, et ne pas être ridicule. On peut faire de la prison pour avoir payé un match, et donner quinze ans plus tard des leçons de morale et de journalisme, comme Tapie. On peut avoir volé, triché, bâti sa fortune dans l’illégalité, comme Armstrong, et rester une allégorie.

La chronique disserte déjà sur l’habileté de ses aveux, sur sa sincérité, l’Agence américaine anti-dopage trouve déjà qu’il a «fait un petit pas dans la bonne direction ». C’est fou ce qui les puissants ont leur école de la deuxième chance. On en revient toujours à La Fontaine : selon que vous soyez puissants ou misérable…

Si Armstrong était un quidam, un inconnu, ou même un moins célèbre, ce n’est pas à la télé qu’il aurait été interrogé, mais dans un commissariat, et ce n’est pas à Oprah Winfrey qu’il aurait répondu, mais à un tribunal, et ce n’est pas son audimat qu’on aurait annoncé, mais sa peine de prison…

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